mercredi 26 juillet 2017

Nancy Storace et le Mouron Rouge (1792, 1905 et 1934)


1792. La Terreur bat son plein. Depuis l'Angleterre, un mystérieux héros, sous le sobriquet du Mouron Rouge, aide des condamnés à la guillotine à échapper à leur sort. En Angleterre toujours, Marguerite Saint-Just, lointaine cousine du tribun révolutionnaire, a épousé Lord Percy Blakeney, dandy à la mode et compagnon du Régent. Le couple ne vit pas en harmonie : Marguerite méprise la frivolité affichée de son mari, ce dernier tient en horreur une dénonciation de sa femme qui eut pour conséquence la mort sur l'échafaud de la famille du Marquis de Saint-Cyr... Le frère de Marguerite, Armand est en danger de mort : membre de l'organisation du Mouron Rouge, son salut ne tient qu'à l'intervention de Marguerite. Chauvelin, émissaire du gouvernement révolutionnaire, la fait chanter : si elle l'aide à découvrir qui est le Mouron Rouge, il sauvera son frère de la guillotine. Or, l'attitude de Sir Percy n'est qu'une façade : il est le Mouron Rouge.

Le Mouron Rouge et Nancy Storace  roman et film


Sur ce canevas, la Baronne Orczy écrivit une pièce de théâtre, qui eut un immense succès en 1905. Elle remania le matériau pour en faire un roman, qui obtint un succès non moins grand...

Ce roman, Le Mouron Rouge (The Scarlet Pimpernel), fut suivi de variations sur le thème et même de prequels, dans lesquelles on pouvait lire l'héroïque conduite de l’ancêtre du héros à l'époque de Cromwell... et celle de son descendant, Peter, durant la seconde guerre mondiale (Pimpernel and Rosemary). (Les neuf romans traduits en français sont disponibles en Omnibus chez Presses de la Cité). Les anglophones peuvent lire l'intégralité du cycle, tombé dans le domaine public.)

Il a donné également lieu à de nombreuses adaptations au petit et au grand écran, le film produit par Alexander Korda avec Leslie Howard et Merle Oberon en 1934, restant la plus séduisante.

Un roman d’aventure palpitant, mais empli de préjugés


Il n'en demeure pas moins que Sir Percy est l'émanation des préjugés de son auteur (et de ceux de la fin du XVIIIe siècle) : il a beau faire partie de l'entourage du futur Régent, il n'en éprouve pas pour autant la fascination politique d'un Fox ou d'un Sheridan !) Le peuple français n'est qu'une populace, les héros sont presque tous de « sang bleu », ou apparentés par leur noblesse naturelle à l'aristocratie, qui ne peut exister dans cette vision que par la filiation. Si Marguerite, ancienne actrice, s'anoblit, c'est en partie grâce à l'amour et au pardon que lui accorde son mari, et tous les révolutionnaires modérés (qu'ils soient d'origine plébéienne ou bourgeoise) trouvent une sorte de rédemption par l'amour que leur retourne une jeune aristocrate. On est donc en plein dans une apologie de la réaction

Le sentiment anti-français joue également à plein : malgré la francophilie des élites anglaises (la Paix d'Amiens vit un déferlement de fashionables à Paris, en quête des dernières modes !!), ce n'est rien d'autre qu'un nouvel épisode du conflit anglo-français centenaire. On oppose ainsi souvent le flegme britannique et ses avatars humoristiques et l'esprit de sérieux (épouvantable) des français.

Parmi ces préjugés, l’un des plus répugnants, reste l’un des éléments marquants de la fin du film a volontairement été ôté. Sir Percy est en effet déguisé en « juif crasseux » quand il sauve Marguerite, abandonnée sur la côte française à la merci de Chauvelin. Cette transformation donne lieu à des remarques qui fleurent bon un antisémitisme (hélas) banalisé à l’époque de la rédaction du roman… tout comme l’ambiguïté méprisante dans laquelle la bonne société du XVIIIe siècle anglaise cantonnait la communauté juive.

Au contraire, dans le film superbe qu’en a tiré Korda en 1934, Blakeney mentionne « Mendoza » avec admiration : Daniel Mendoza, le boxeur qui révolutionna ce sport était juif. Est-ce une manière élégante de blâmer la source littéraire ou une simple référence sociologique qui tend à « faire époque » ? On espère que la première raison explique ce changement…

Notons que Mendoza est également mentionné dans un song qui fit scandale en 1802. En effet, l’opéra Family Quarrels (Querelles de famille), créé le 18 décembre 1802 par Nancy Storace et John Braham, comportait un air chanté par le comédien et chanteur Fawcett (le personnage est déguisé en mendiant juif et évoque sa cour mouvementée à deux beautés), qui provoqua des réactions très vives du public d’origine juive présent au Théâtre de Covent Garden…

Le Mouron Rouge et Nancy Storace film et roman

 

Nancy Storace, personnage du roman, mais non de l’adaptation au cinéma


Si toute la première partie du roman trouve un équivalent fidèle à l'écran en 1934, les scènes d'aventure pure en France sont assez rapidement expédiées, se bornant à l'affrontement Chauvelin-Mouron Rouge dans l'auberge du Lion d’Or.

Pour lire la suite, cliquez en dessous

samedi 8 juillet 2017

1816 : Nancy Storace et John Braham, parents d’élève…



Henry Dison Gabell (1764-1831) fut le directeur de Winchester College, établissement réputé dans lequel William Spencer Harris Braham, le fils naturel d’Ann Selina Storace fit ses études entre 1815 et 1817.

Nancy Storace fait allusion aux frais de scolarité de son fils, payés par son ancien compagnon John Braham, dans deux lettres de février et d’août 1816.

Par ailleurs, le paiement des frais de scolarité de son fils fut l’objet d’une lettre assez sèche de John Braham, après la mort de Nancy Storace, puisqu’il estimait (à tort) que Spencer héritait de la fortune de sa mère, et qu’il était devenu plus riche que lui…



Henry Dison Gabell directeur de Winchester College, portrait de Sir George Hayter (1792-1871)


Sir George Hayter (1792-1871)
Dr. Henry Dyson Gabell,
Inscription au verso : « Feu Dr Henry Dyson Gabell, peint de mémoire d’après une miniature antérieure et différentes esquisses faites durant sa vie, George Hayter 1838 »


Fils d’un chanoine mineur de la cathédrale de Winchester, Henry Dison Gabell est originaire de cette ville.

Il fait ses études à Winchester College, puis au New College d’Oxford. Il y obtient son BA en 1786, et en devint fellow jusqu’en 1790. Il entre à Cambridge en 1807, obtint son MA et devint Doctor of Divinity en 1811.