samedi 16 décembre 2017

1790 – ‘No Song, No Supper’: "A Miser bid to have and hold me" (Margaretta)



 No Song, No Supper opéra de Stephen Storace (1790)

Livret publié à Dublin, en 1792.

On trouvera une présentation générale de cet opéra dans la miscellanée ‘No Song, No Supper’, opéra de Stephen Storace (1790)
 

Synopsis

Deux marins, Frederick et Robin, font naufrage près de chez eux. Ils espèrent pouvoir revoir leurs amantes, Louisa Crop et Margaretta, et se rendent chez le fermier Crop, père de Louisa. Dorothy, la seconde épouse du fermier, est éprise de l’homme de loi véreux Endless, qui a déjà contribué à séparer les amants. En l’absence de son mari, elle lui prépare un souper, consistant en un rôti et un gâteau, ce dont Margaretta (qui passe pour une chanteuse des rues) est témoin. Alors qu’Endless s’apprête à manger, Crop frappe à la porte. Endless se cache, et le souper est dissimulé. Margaretta chante une ballade, dont le premier couplet révèle la cachette du rôti, le second, celle du gâteau, et le troisième, la cachette d’Endless. Il est chassé et le couple de fermiers se réconcilie. Robin et Frederick, devenus riches grâce à un tonneau d’or sauvé du naufrage, peuvent désormais se marier, et annoncent la bonne nouvelle. (d’après Jane Girdham (1997), p. 178)

La partition

Seul opéra anglais de Stephen Storace à avoir survécu dans une partition orchestrale, l’afterpiece (pièce ou opéra donné en seconde partie de soirée) No Song, No Supper (Pas de chanson, pas de souper) n’est pourtant pas forcément une œuvre réellement représentative du style du compositeur.

Roger Fiske, qui en a édité et publié une version, estime que la partition disponible n’est qu’une réduction faite pour le Little Theatre in the Haymarket. L’orchestration, demandant un effectif inférieur à celui du théâtre de Drury Lane (par exemple, six pupitres de vents au lieu de huit pour Drury Lane) ; attesterait de l’intervention d’une main ultérieure à celle de Stephen Storace.

Pour la musicologue Jane Girdham, auteur d’une thèse de doctorat portant sur les opéras de Storace à Drury Lane, cette raison avancée ne serait pas probante : les effectifs orchestraux seraient toujours réduits pour les afterpieces. Elle y voit donc un exemple de l’art du compositeur, tout en relevant que cet opéra est l’un de ses premiers, et qu’il inclut de nombreux numéros empruntés à d’autres compositeurs. L’orchestration de ces derniers est sans doute très proche des originaux… et ne serait donc pas révélateur des pratique de Storace.

On peut cependant relever que ce dernier a privilégié les vents dans sa texture orchestrale. Comme le souligne Jane Girdham, l’orchestre de Drury Lane comptait en son sein d’excellents hautboïstes (comme les frères Parke), clarinettistes et bassonistes…


« A Miser bid to have and hold me », air de Margaretta

 

 
 

Lisa Milne (soprano),
BBC Scottish Symphony Orchestra,Harry Bicket (dir.). 
Diffusion radiophonique en 1996



Comme il était d’usage dans le pasticcio qu’était le Ballad Opera anglais, Stephen Storace réutilisa et réorchestra des airs et extraits d’autres compositeurs. L’un des airs alloués à Margaretta est ainsi tiré de L’Epreuve villageoise de Grétry. Cet opéra-comique avait été créé à Versailles le 5 mars 1784, et sera repris à la Comédie italienne le 18. Cet air était destiné à sa sœur Nancy Storace.

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mardi 12 décembre 2017

2017 - Eve Ruggieri ou, De la perpétuation des idées (mozartiennes) reçues…





Eve Ruggieri, qui fit tant pour populariser l’opéra avec son émission Musiques au cœur diffusée entre 1982 et 2009, vient de publier un Dictionnaire amoureux de Mozart chez Plon (octobre 2017). [Quelques pages en sont lisibles sur Google Livres]

Hélas, sa notice sur Nancy Storace (dont l’entrée se trouve étrangement à « » et non à « S » !) est entachée d’erreurs multiples, lesquelles vont perpétuer les idées reçues, fantasmes divers et approximations qui font florès sur la cantatrice, sa vie et ses relations avec le compositeur…

Tâchons d’en corriger certaines.

Journal de Karl von Zinzenforf und Pottendorf (1739-1813) :

Les appréciations du comte de Zizendorf sur Storace, citées par E. Ruggieri sont un compressé de plusieurs entrées de son journal : 22 avril, 9 mai 1783, 1er juillet 1783. (Voir les pages 69 et 70 de Nancy Storace, Muse de Mozart et de Haydn.)

Profitons-en pour rappeler que la musicologue Dorothea Link a réalisé une très précieuse transcription de ce journal écrit en français, pour les entrées relatives à la vie musicale et théâtrale viennoise entre 1783 et 1792 : ce document absolument passionnant, copieusement annoté, est accompagné du calendrier des représentations des théâtres et de la transcription des livres de comptes des théâtres impériaux, et d'une présentation très éclairante. Il est proprement ahurissant qu’aucune maison d’édition française n’ait publié une traduction de cet ouvrage fondamental, The National court Theatre in Mozart’s Vienna : Sources and Documents 1783-1792 (Clarendon Press, 1998). Il présente des sources essentielles à la compréhension de la vie lyrique et théâtrale viennoise durant cette période.


Leçons de Nancy Storace avec Rauzzini :

« On peut toujours imaginer poétiquement leur rencontre [en Italie] lorsque Nancy prenait des leçons avec Venanzio Rauzzini […] »

Ces leçons furent données en Angleterre, Rauzzini y demeurant depuis 1774 !


Les amours de Nancy Storace… et Mozart (évidemment !) :

« Ce qui est sûr, c’est qu’elle l’était [amoureuse] de lui et lui d’elle lorsqu’elle créa le 1er mai 1786 [….] Suzanne dans Les Noces de Figaro. »

Cette phrase a tout d’un héritage du musicologue Alfred Einstein, qui lui non plus, ne donne aucune source à ce qu’il avance.
A ce sujet, l’aimable lecteur lira avec intérêt – du moins, l’auteure l’espère ! – les pages 132-135 de la biographie ci-dessus mentionnée.


« Que s’était-il passé qui justifierait le départ précipité de Nancy alors en plein succès [...] ? Fut-il dû à sa liaison avec le duc de Cleveland ? A ce sujet, nous ne savons rien. »

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