samedi 22 septembre 2018

1794 – ‘The Glorious First of June’ vs ‘The Critic’ : batailles navales en pagaille

The Glorious First of June - 1794 - Nancy Storace



The Glorious First of June, une afterpiece (pièce courte donnée en seconde partie de soirée) composée en hâte pour rendre hommage à l’amiral Richard Howe qui venait de remporter une victoire navale au large de l’île d’Ouessant contre les Français, et à collecter des fonds pour les veuves et orphelins de ses marins, fut créée à Drury Lane le 2 juillet 1794.

« Suite » de No Song, No Supper, cet « opéra » naval reprenait les personnages de cette afterpiece très populaire en les insérant dans un contexte ouvertement patriotique. Nancy Storace y reprenait évidemment son personnage de Margaretta. La pièce s'achevait avec « Rule Britannia ».

Ce bénéfice eut un succès écrasant, témoin la recette recueillie, la plus importante du siècle au théâtre londonien.

Richard Brinsley Sheridan (1751-1816), le directeur du théâtre de Drury Lane et dramaturge, participa avec James Cobb et quelques autres à l’écriture du livret (non publié). Pensa-t-il, en l’élaborant, à la farce qu’il avait écrite en 1779, The Critic, qui parodiait les clichés dramatiques d’usage en les enfilant l’un derrière l’autre dans une fausse tragédie drolatique: elle comportait, elle aussi, une bataille navale superbement reconstituée en scène...

L’un des chroniqueurs de l’époque a laissé un témoignage de l’admiration devant le naturel et la fidélité de cette bataille navale, qui fit beaucoup pour le succès de The Glorious First of June :


Le plateau immense de Drury [Lane] a été transformé en mer, et l’on peut voir les deux flottes manœuvrer. Rien ne peut surpasser l’enchantement de cette perspective. Il ne s’agit pas de la bagatelle habituelle de vaisseaux en carton ; les navires sont grands, des modèles réduits parfaits des véritables navires qu’ils représentent, et fabriqués avec une telle beauté de détails qu’ils sont dignes d’entrer dans un cabinet de curiosité. Toutes les manœuvres de la bataille sont exécutées avec une adresse nautique ; les lignes sont formées, ils s’élancent les uns vers les autres par différentes bordées : on combat, la ligne de feu est extraordinaire ; les navires sont démâtés, abordés, pris, coulés, comme lors de la bataille réelle, et la vastitude de la mer permet une variété qui n’est pas facile à un esprit de concevoir comme possible lors d’une simple représentation scénique.


La bataille navale de The Critic de Sheridan


Cette description enthousiaste de 1794 fait irrésistiblement penser à une adaptation télévisée de The Critic de la BBC, réalisée par Don Taylor et diffusée dans le cadre de la série Play of the Month, le 23 août 1982.

Elle présente une époustouflante bataille navale sous forme de machinerie baroque sur un « Rule Britannia » assez hilarant dans sa réalisation scénique. Bien que réalisée sur une toute petite échelle par rapport à ce que les spectateurs londoniens purent voir (Drury Lane pouvait contenir à l’époque plus de 3 600 spectateurs !), elle donne une idée assez séduisante de la machinerie de l’époque et de sa puissance d’évocation.

Cet enregistrement télévisé n’a, hélas, toujours pas été commercialisé, et n’est trouvable en intégralité que sur YouTube, via un enregistrement VHS réalisé à l’époque.



  
avec
Martyn Hill – ténor
Choeur et orchestre The Academy of Antient Music,
dirigés par Christopher Hogwood.
Nicholas McGegan – assistant musical
et
Mr. Puff – Hywel Bennett
Mr. Sneer – Nigel Hawthorne
Mr. Dangle – Norman Rodway
Britannia – Vivian Pickles


The Critic de Sheridan : présentation rapide


Comédie créée le 30 octobre 1779 au théâtre londonien de Drury Lane, Le Critique, ou la Répétition d’une tragédie retrace la journée d’un critique amateur, le bourgeois Mr. Dangle, qui se prend pour un grand mécène et « patron » de l’art dramatique. On le trouve tout d’abord chez lui, assiégé par divers solliciteurs ; puis assistant, en compagnie d’un auteur et d’un autre critique à la répétition de la tragédie du premier, The Spanish Armada (L’Armada espagnole). Il n’est guère besoin de dire que cette œuvre, loin de susciter horreur et pitié, déclenche plutôt le rire, tant par son invraisemblance boursouflée que par les remarques ironiques de deux des spectateurs…

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samedi 14 juillet 2018

2018 – ‘The Steamer I’ de Johann Larsen mène Nancy Storace en bateau…


Johann Larsen - The Steamer I Mozart et Nancy Storace


Nancy Storace deviendrait-elle un personnage indispensable à toute fiction mozartienne ?

Récemment publié chez Librinova et disponible sur Kindle Publishing, The Steamer I, roman de Johann Larsen, combine traversées transatlantiques et musique, ainsi que l’annonce la quatrième de couverture :

Alexandre est normand, il a douze ans lorsqu’il visite, en 1900, au Havre, un paquebot et il perçoit ce jour-là, que son avenir se fera sur les Liners. Son parcours va vous emmener à travers la première guerre mondiale vers Paris, Londres et New-York. Laissez-vous porter dans la suite de ses pas, au gré de ses rencontres par un homme qui sait être à la fois, à l’écoute des autres et des coïncidences de la vie. Vivez avec lui, sa passion de la musique, à ses côtés, pénétrez cette époque si difficile et un peu folle, des suites de la Grande guerre.

Sans l’avoir lu dans son intégralité, mais pour en avoir parcouru les passages permis par l’aperçu de Google Livres, il semblerait que ce roman permette aussi un feuilletage de diverses œuvres de Mozart, en les présentant sous un prétexte romanesque. Belle initiative pour faire mieux connaître l’œuvre du maître de Salzbourg… mais entachée d’erreurs multiples.

Pourquoi parler ici de cet ouvrage ? C’est que le passage relatif à Nancy Storace allie « vieilles lunes » (sa supposée liaison avec Mozart, et le regret éternel que celui-ci en eut) et nouveauté : c’est désormais à Prague que le scandale se déroule !!!

Ainsi que le précise le narrateur,

« Voilà, conclut Alexandre, pour toutes ces diverses raisons, je suis persuadé que Mozart n'a vécu les dernières années de sa vie que dans l'espoir de retrouver Nancy Storace, sa muse qui l'a toujours inspiré. Qu'en pensez-vous ? »

Le développement entier fait allusion à de précédentes assertions bien fantaisistes : Mozart aurait été « inspiré » par Storace ou son souvenir pour composer les concertos pour clavier n°22 et n°27, le concerto pour clarinette, ou encore… le rôle de Pamina !!!!
Précisons également, à l’inverse de ce qui est avancé, que Mozart ne destina pas de variantes du rôle de Susanna pour la reprise viennoise de 1789 à Aloysia Lange, sa belle-sœur et ancien premier grand amour… C’est la Ferrarese del Bene qui reprit le rôle et pour lequel il tailla sur mesure deux airs d’insertion : « Un moto di gioia » (KV. 579) et « Al desio di chi t’adora » (KV. 577).

Qualifiée de « Nancy Ann » (au lieu d’Ann Selina, dont le surnom a été « Nancy » pour certains de ses contemporains), la biographie de la cantatrice, telle qu’énoncée par Alexandre, est assez approximative. Examinons-la plus en détails.

Une étonnante rencontre


Le premier contact entre Storace et Mozart donne lieu à une étrange assertion :


(copie d’écran Google Livres)

Si cette rencontre est totalement fictive, la date du 2 juillet 1785 n’a sans doute pas été choisie par hasard.
Le 2 juillet 1783, Mozart écrivit à son père une des lettres où il mentionne la cantatrice… en relatant les difficultés qu’elle cause à sa belle-sœur Aloysia Lange (née Weber), en tant que rivale dans la troupe !
Cependant, en juillet 1785, l’on sait, grâce à un folliculaire resté anonyme de la Correspondance politique et anecdotique…, que « La Signora Storacci est à la campagne où elle rétablit lentement sa voix délabrée. » Cette nodule était datée du 6 juillet…
On retrouve donc là la légende des manuscrits jamais raturés par Mozart (C’est une inspiration divine, je vous dis !) et le fameux billard. Objet de luxe, comme l’était d’ailleurs le pianoforte Walter de Mozart, c’était apparemment l’une des possessions les plus coûteuses du compositeur. Indication du goût qu’avait Mozart pour ce jeu, c’est aussi un signe de richesse et de convivialité : de par sa profession, Mozart reçoit beaucoup.

Mari violent et cantate thérapeutique


[…] mais [Fischer] était un homme très violent et elle en perdit sa voix. L’Empereur […] bannit le musicien […]. Mozart avec Salieri et Cornetti, lui écrivirent fin 1785, un Aria, le K.477a, qui permit à la cantatrice de retrouver sa voix.

En réalité, la cantate Per la ricuperata salute di Ofelia, récemment retrouvée par le musicologue Timo Jouko Hermann, a été écrite pour célébrer le retour de la cantatrice qui avait effectivement eu de très gros problèmes vocaux en 1785, suite à ses difficultés privées (mari violent, mort de sa fille). (Pour en savoir plus, voir ICI.)

(Quasi) scandale à Prague !


La décision était prise fin 1786 de partir pour l’Angleterre, mais auparavant, Mozart fut invité par la ville de PRAGUE où les Noces de Figaro étaient reprises avec Nancy Storace toujours dans le rôle principal de Suzanne. […]

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