samedi 14 juillet 2018

2018 – ‘The Steamer I’ de Johann Larsen mène Nancy Storace en bateau…


Johann Larsen - The Steamer I Mozart et Nancy Storace


Nancy Storace deviendrait-elle un personnage indispensable à toute fiction mozartienne ?

Récemment publié chez Librinova et disponible sur Kindle Publishing, The Steamer I, roman de Johann Larsen, combine traversées transatlantiques et musique, ainsi que l’annonce la quatrième de couverture :

Alexandre est normand, il a douze ans lorsqu’il visite, en 1900, au Havre, un paquebot et il perçoit ce jour-là, que son avenir se fera sur les Liners. Son parcours va vous emmener à travers la première guerre mondiale vers Paris, Londres et New-York. Laissez-vous porter dans la suite de ses pas, au gré de ses rencontres par un homme qui sait être à la fois, à l’écoute des autres et des coïncidences de la vie. Vivez avec lui, sa passion de la musique, à ses côtés, pénétrez cette époque si difficile et un peu folle, des suites de la Grande guerre.

Sans l’avoir lu dans son intégralité, mais pour en avoir parcouru les passages permis par l’aperçu de Google Livres, il semblerait que ce roman permette aussi un feuilletage de diverses œuvres de Mozart, en les présentant sous un prétexte romanesque. Belle initiative pour faire mieux connaître l’œuvre du maître de Salzbourg… mais entachée d’erreurs multiples.

Pourquoi parler ici de cet ouvrage ? C’est que le passage relatif à Nancy Storace allie « vieilles lunes » (sa supposée liaison avec Mozart, et le regret éternel que celui-ci en eut) et nouveauté : c’est désormais à Prague que le scandale se déroule !!!

Ainsi que le précise le narrateur,

« Voilà, conclut Alexandre, pour toutes ces diverses raisons, je suis persuadé que Mozart n'a vécu les dernières années de sa vie que dans l'espoir de retrouver Nancy Storace, sa muse qui l'a toujours inspiré. Qu'en pensez-vous ? »

Le développement entier fait allusion à de précédentes assertions bien fantaisistes : Mozart aurait été « inspiré » par Storace ou son souvenir pour composer les concertos pour clavier n°22 et n°27, le concerto pour clarinette, ou encore… le rôle de Pamina !!!!
Précisons également, à l’inverse de ce qui est avancé, que Mozart ne destina pas de variantes du rôle de Susanna pour la reprise viennoise de 1789 à Aloysia Lange, sa belle-sœur et ancien premier grand amour… C’est la Ferrarese del Bene qui reprit le rôle et pour lequel il tailla sur mesure deux airs d’insertion : « Un moto di gioia » (KV. 579) et « Al desio di chi t’adora » (KV. 577).

Qualifiée de « Nancy Ann » (au lieu d’Ann Selina, dont le surnom a été « Nancy » pour certains de ses contemporains), la biographie de la cantatrice, telle qu’énoncée par Alexandre, est assez approximative. Examinons-la plus en détails.

Une étonnante rencontre


Le premier contact entre Storace et Mozart donne lieu à une étrange assertion :


(copie d’écran Google Livres)

Si cette rencontre est totalement fictive, la date du 2 juillet 1785 n’a sans doute pas été choisie par hasard.
Le 2 juillet 1783, Mozart écrivit à son père une des lettres où il mentionne la cantatrice… en relatant les difficultés qu’elle cause à sa belle-sœur Aloysia Lange (née Weber), en tant que rivale dans la troupe !
Cependant, en juillet 1785, l’on sait, grâce à un folliculaire resté anonyme de la Correspondance politique et anecdotique…, que « La Signora Storacci est à la campagne où elle rétablit lentement sa voix délabrée. » Cette nodule était datée du 6 juillet…
On retrouve donc là la légende des manuscrits jamais raturés par Mozart (C’est une inspiration divine, je vous dis !) et le fameux billard. Objet de luxe, comme l’était d’ailleurs le pianoforte Walter de Mozart, c’était apparemment l’une des possessions les plus couteuses du compositeur. Indication du goût qu’avait Mozart pour ce jeu, c’est aussi un signe de richesse et de convivialité : de par sa profession, Mozart reçoit beaucoup.

Mari violent et cantate thérapeutique


[…] mais [Fischer] était un homme très violent et elle en perdit sa voix. L’Empereur […] bannit le musicien […]. Mozart avec Salieri et Cornetti, lui écrivirent fin 1785, un Aria, le K.477a, qui permit à la cantatrice de retrouver sa voix.

En réalité, la cantate Per la ricuperata salute di Ofelia, récemment retrouvée par le musicologue Timo Jouko Hermann, a été écrite pour célébrer le retour de la cantatrice qui avait effectivement eu de très gros problèmes vocaux en 1785, suite à ses difficultés privées (mari violent, mort de sa fille). (Pour en savoir plus, voir ICI.)

(Quasi) scandale à Prague !


La décision était prise fin 1786 de partir pour l’Angleterre, mais auparavant, Mozart fut invité par la ville de PRAGUE où les Noces de Figaro étaient reprises avec Nancy Storace toujours dans le rôle principal de Suzanne. […]

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jeudi 21 juin 2018

2018 – Vente de la Scena con rondò des Nozze di Figaro de Mozart (Aristophil, juin 2018, Drouot)



Mozart Nozze di Figaro Scena con rondo for Nancy Storace

(source: catalogue Aristophil)

Il n’aura finalement pas trouvé preneur

Le lot 1193 (« 4 pages oblong in-4 d’un bifeuillet, de 22,3 x 31 cm ») le tout début de l’ébauche de la grande scène de Susanna des Nozze di Figaro, est reparti dans son coffre-fort. Il avait été mis en vente le 20 juin 2018 à Drouot pour 400 000 à 500 000 euros, parmi les manuscrits musicaux catalogue « DE JEAN-SÉBASTIEN BACH À PIERRE BOULEZ » (n° 7).

Si la suite de ce manuscrit mozartien est actuellement possédé par la Karpeles Manuscript Library de Santa Barbara, cet incipit ne manque pas non plus d’intérêt.

Il faut dire que son histoire illustre la genèse du chef d’œuvre de Mozart, tout en étant une preuve manifeste du difficile équilibre nécessaire entre les ego des chanteurs créateurs, la dynamique de la politique interne du théâtre et… les desiderata des auteurs.

Cette scène seulement ébauchée par Mozart est le premier état du fameux « air des marronniers », chanté par Susanna avant le finale de l’acte IV. Nancy Storace incarnait la camériste de la comtesse Almaviva lors de la première de l’opéra, le 1er mai 1786, et Mozart tailla le rôle sur mesure pour elle, « comme un habit bien fait » (ainsi qu’il estimait devoir écrire pour ses chanteurs). Autant qu’un rôle séduisant dans un chef d’œuvre lyrique, Susanna est donc un portrait en creux de sa première interprète, et porte en filigrane le souvenir des capacités vocales et théâtrales de la prima buffa de la troupe du Burgtheater.

Tout comme de ses caprices…

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