mercredi 6 septembre 2017

2005 - Mozartballs "Mozart à la folie" : le retour de Nancy Storace ?



Coproduit par la chaîne ARTE et diffusé dans « Musica » le samedi 28 janvier 2006, ce documentaire canadien assez ébouriffant se voulait un antidote aux flonflons cérémonieux censés marquer les festivités mozartiennes de 2006. Si les dites festivités furent, finalement, assez flapies en France (à quand une réédition du tour de force de l'Opéra de Nice en 1991, qui programma presque tous les opéras de Mozart ?), la chaîne culturelle franco-allemande joua son rôle d' « agitatrice culturelle » avec cet opus documentaire bien plus sérieux qu'il n'y paraît...

Mozartballs 2005


 
En guise de fil d'Ariane, on suit la fabrication (classée secret défense) des fameux Mozartkugeln, chocolats sphériques bourrés de pâte d'amande, recouverts de papier alu doré arborant la trombine de Mozart. Impossible d'y échapper à Salzburg et en Autriche, toutes les boutiques pour touristes arborent des piles et des piles de ces boites rouges, dont l'existence doit représenter au moins 0,0783% du PIB du pays. (Depuis on a eu droit à la liqueur Nannerl, les sucreries Constanze et les chopes à bière musicales : elles braillent la Petite musique de nuit quand on les incline.)

Mozartballs 2005

Cette portée « gastronomique » ne va pas sans concurrence commerciale sévère ! Selon un gourmet français, « les vrais Mozartkugeln [seraient] ceux de la marque Fürst. [La mezzo soprano] Angelika Kirchschlager aurait travaillé chez Fürst durant sa jeunesse ! C'est une marque plébiscitée par [la basse] René Pape mais Kirchschlager et [le ténor] Michael Schade ont une légère préférence pour Mirabell, la marque la plus connue, celle qu'on trouve dans les aéroports et des magasins hors d'Autriche. Les deux sont au chocolat noir. Les Reber, Pischinger et Schatz sont aussi au chocolat noir. Reste le cas Holzermayr, qui serait le découvreur du véritable Mozartkugel et qui utilise du chocolat au lait. […] Je ne sais pas si on sait vraiment, de Fürst ou de Holzermayr, qui a inventé les premiers Mozartkugeln. Les deux marques se vantent d'être les "véritables". Le mystère Mozart demeure entier... »

Cette abomination culinaire (à titre personnel, je ne sais ce qui me rebute le plus, le goût ou la bobine du compositeur sur le chocolat) se prête évidemment à un jeu de mot foireux (Mozartkugeln = boules de Mozart = Mozartballs... « Balls » étant également un mot familier pour « zinzin », « siphoné », « fou ». Sans parler d'une signification bien plus triviale. Mozart et sa petite cousine auraient sans doute adoré.)

Mozartballs 2005


Entre la chocolaterie et ceux qui ont perdu la boule pour le Salzbourgeois, les notes de passages sont nombreuses.

Le réalisateur Larry Weinstein (auquel on doit également le passionnant Toscanini par lui-même) aborde ce catalogue de passions obsessionnelles avec un sérieux inaltérable. Cette galerie de portraits extravagants est d'autant plus percutante qu'elle est simplement exposée au spectateur sans point de vue apparent. L'altérité est simplement posée, sans commentaires, le montage souvent hilarant de David New, tout en entrecroisements, se contentant de jouer sur les contrepoints des destins déroulés. Cette tactique a un effet immédiat : le spectateur se fond dans ces délires organisés, et le cinéaste lui-même finit par se glisser dans cette vision du monde. Tout commentaire ou perception extérieure ne peut venir que d’un tiers, son opinion étant cependant guidée par un montage plus dirigiste qu'il n'y paraît. On ne peut s'empêcher de penser à certains sujets de la défunte émission belge Strip-tease... (Ce n’est qu’une appréciation stylistique.)

Mozartballs 2005


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dimanche 3 septembre 2017

1851 – Nancy Storace, contre-modèle de la femme idéale dans la fiction



Nancy Storace short story


En 1851, Hannah Mary Rathbone publie un récit tout à fait curieux, Ines and Vincent. Cette édifiante nouvelle est une biographie romancée de Nancy Storace, de son frère Stephen Storace et de sa belle-sœur Mary (née Hall).

Hannah Mary Rathbone, née Reynolds (1798-1878), est une femme de lettres anglaise. Née dans une famille de Quakers et épouse d’un important marchand de Liverpool, elle se distingue par ses talents d’artiste et d’écrivain. Son journal fictif de Lady Willougby (1635-1648 et les années 1660), The Diary of Lady Willoughby, passe un temps pour un écrit authentique et recueille un immense succès.

Dans l’extrait traduit ci-dessous, on notera que les indices sur la personnalité des modèles historiques sont disséminés dans le texte. Le ténor Michael Kelly, dont la narratrice a largement cité les Reminiscences dans la suite de sa nouvelle, est mentionné incidemment. Antonio Sacchini, bien qu’il ne soit pas professeur de chant, sauf exceptionnellement, est mentionné comme instructeur de la petite « Nancy ». Et le surnom de celle-ci est attribué… à la servante ou gouvernante de « Victor Storace », pour rendre les choses encore plus claires !

Dès le départ, l’auteure a bien marqué la différence entre Inez (capricieuse, emportée et excessive) et la calme Inez (petite poupée blonde idéale, douce, complaisante et sans réelle personnalité propre, malgré la force de caractère annoncée par l’auteure…) Les yeux noirs colériques de la première sont d’ailleurs des indices du fonds d’un caractère, qui lui apportera les plus grands malheurs, comme la suite du récit le montrera amplement. On remarquera que pour accentuer ce trait, Rathbone a doté Amy de dons musicaux qui ne dépassent pas la moyenne de ce qu’une jeune fille de bonne famille est capable de faire : elle lit à vue un duo, mais ses capacités ne dépassent pas l’honnête médiocrité attendue de la part d’une amateure, qui ne vise pas à en faire sa carrière.

Voici le tout début de cette longue nouvelle…


Dans une petite villa des faubourgs, près de la Tamise, habitait en 1775 Victor Storace [Stefano Storace] un éminent contrebassiste, qui faisait partie de l’orchestre du Théâtre du Haymarket. Lors d’un bel après-midi d’automne, Inez [Nancy Storace], sa petite fille aux yeux noirs, qui avait alors sept ans, s’en alla dans le jardin, qui menait par une volée de marches sur la rive, d’où l’enfant était en train de nourrir cinq ou six canards apprivoisés. De temps en temps, elle s’interrompait et chantait quelques mesures d’un air populaire, avec une précision et un tel art de la mélodie que les occupants des embarcations qui passaient regardaient avec étonnement la jeune chanteuse ; mais plus fréquemment, elle s’arrêtait pour échanger des remarques rieuses avec une compagne blonde, qui quelque peu son aînée, était tranquillement assise sur les marches, tenant le panier dont elles envoyaient des graines à leurs favoris emplumés. Une exclamation, « Inez, Inez ! Où es-tu ? Viens tout de suite ! » la fit se lever vivement et se dissimuler derrière un pavillon, alors qu’un garçon viril [Stephen Storace], qui avait sans doute déjà vu une douzaine d’hivers, accourut le long du chemin de la terrasse et ne voyant pas sa sœur, dit en hâte : « Oh, Amy [Mary Hall], je suis content que tu sois là ; maintenant, essaye de persuader cette espèce de folle de venir dans le salon pour quelques minutes. Je veux que vous chantiez le dernier duo de mon opéra. Dis à Inez que je lui donnerai l’une de ces pommes rosées que Mr. Kelly [inspiré du chanteur Michael Kelly, collègue des Storace ?] nous a données ce matin. Et, Amy, tu auras ce que tu voudras, si tu fais seulement ce que je souhaite. »

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