samedi 30 septembre 2017

1816 – Lettre autographe de Nancy Storace : vacances, potins théâtraux et réception



Le comédien et contreténor John Pritt Haley (1786-1858) fut un ami des mauvais jours pour la cantatrice Nancy Storace. En effet, il ne semble faire son apparition dans sa vie que dans ses dernières années, alors qu’elle s’était déjà séparée du ténor John Braham, suite à l’infidélité publique de ce dernier, et du scandale qui s’ensuivit.

Quelques rares lettres demeurent, attestant de leurs relations. Nancy Storace semble lui avoir témoigné d’une grande confiance, n’hésitant pas à lui donner rendez-vous pour parler d’affaires (apparemment) délicates.

Datée d’août 1816, cette lettre conservée à la Bibliothèquenationale de France n’est pas si dramatique dans son ton. Nancy Storace lui demande son avis sur l’hébergement possible à Worthing, revient sur certaines affaires théâtrales, s’entremet pour son ami auprès de la direction du théâtre de Drury Lane, et revient sur l’une de ses réceptions…



Lettre autographe de Nancy Storace adressée à John Pritt Harley (c) Bibliothèque nationale de France / Gallica

Lettre autographe de Nancy Storace adressée à John Pritt Harley (c) Bibliothèque nationale de France / Gallica

Première page et signature (3ème page) d’une lettre
conservée au département Musique de la Bibliothèque nationale de France,
cote : LA- STORACE ANNA CELINA-1
« Lettre de Anna Celina Storace à Monsieur J. P. Harley, 18 août 1816
 (manuscrit autographe) »
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Photographie © Gallica / BnF.

John Pritt Harley, l'ami des mauvais jours


Fils d’un marchand drapier, John Pritt Harley est baptisé le 5 mars 1786 à Londres. A quinze ans, comme il est d’usage, il devient l’apprenti d’un autre marchand. Durant son apprentissage, il se lie avec William Oxberry (qui deviendra plus tard un acteur connu, et éditera un magazine spécialisé dans les arts de la scène) ; les deux jeunes gens apparaissent ensemble dans des productions d’amateurs en 1802.

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Harley est ensuite engagé comme gratte-papier dans un cabinet juridique. A partir de 1806, il apparait dans diverses productions théâtrales en province, et finit par se former complètement dans sa nouvelle profession. Son talent pour le chant comique lui attire les faveurs du public, qui le surnomme « Gros Jacques » (Fat Jack), à cause de son extrême maigreur. Entre 1812 et 1814, il est surtout engagé dans le nord de l’Angleterre, et ne se rend à Londres qu’en 1815, engagé à l’Opéra (anglais). L’accueil du public est positif et sa réputation d’acteur et de chanteur ne fait que croître. Sa musicalité et sa formation musicale lui permettent d’orner ses airs, ce qui est très apprécié.

le comédien et chanteur John Pritt Harley en 1821


En septembre 1815, il fait ses premières apparitions à Drury Lane. Le vieux John Bannister ayant pris sa retraite, John Pritt Harley lui succède dans ses emplois, reprenant ses vieux rôles, mais également ceux qui lui auraient été destinés. Les deux hommes seront d’ailleurs très liés.

Malgré quelques incursions en province et au Lyceum, Harley consacre la majeure partie de son agenda au théâtre de Drury Lane. En 1835, il rejoint un temps la troupe assemblée par John Braham au St James’s Theatre (entreprise qui le lui fût guère profitable…), avant de repartir à Drury Lane., puis à Covent Garden en 1838. Entre 1841 et 1848, il est de nouveau à Drury Lane, avant de passer définitivement au Princess's Theatre en 1850.

C’est en pleine représentation qu’il est atteint d’une paralysie subite, le 20 août 1858. Il meurt chez lui deux jours après, et est enterré au Kensal Green cemetery.

Excentrique, il avait été un grand collectionneur ; il ne laisse que des dettes derrière lui.
Ses contemporains estimaient que sa puissance comique égalait celle de Bannister Junior, ce qui n’était pas un mince compliment.


Sources :
G. C. Boase, ‘Harley, John Pritt (1786-1858)’, rev. Katharine Cockin, dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 (version en ligne)
Oxberry's Dramatic Biography.
The European Magazine and London Review, mars 1821.


Cette lettre de Nancy Storace est évoquée pages 318 et 319,
 et la troisième page est reproduite page 389
dans la biographie de Nancy Storace,
par Emmanuelle Pesqué

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