samedi 29 octobre 2016

John “Jack” Bannister (1760-1836), un Nancy Storace en pantalons



 
Jack Bannister

Pastel de John Russell (1799)
(source : National Portrait Gallery, Londres)


« Jack » Bannister, pour utiliser son surnom, fut un collègue régulier de Nancy Storace au théâtre de Drury Lane, formant avec elle un couple de serviteurs ou de personnages comiques très appréciés du public.

Les qualités de Nancy et « Jack » furent même si similaires, que le biographe de l’acteur, John Adolphus, les compara ainsi, lorsqu’ils apparurent tous deux en 1789, dans The Haunted Tower de Stephen Storace :

«  En Adela, Storace était Bannister en jupons. La même naïveté, le même franc-parler, la même apparence d’honnêteté et de chaleur affectueuse, les distinguaient tous deux. »

Bien qu’acteur et non chanteur de formation, ce baryton avait certaines facilités. Il pouvait sans difficulté alterner ses rôles théâtraux et ses apparitions dans les ballad operas programmés à l’époque. Il aurait eu une « voix pleine, ronde, claire, virile et intelligible ».


Biographie


Né le 12 mai 1760 à Deptford, John Bannister est le fils de Charles Bannister (1741-1804), un ancien employé devenu acteur amateur puis professionnel, engagé en 1762 au théâtre de Haymarket, à Londres, et par la suite au théâtre de Drury Lane. Il chantait également des rôles de basse et en falsetto (sa Polly dans The Beggar’s Opera était réputée.)

Doué pour le dessin, John entre à la Royal Academy en 1777. Il étudie d’abord avec De Loutherbourg, mais doit ensuite trouver un autre professeur, moins cher pour les ressources familiales. Les talents d’imitation du jeune homme sont déjà remarqués par ses condisciples. Bannister se lie d’amitié avec le futur grand caricaturiste Thomas Rowlandson, et gardera, sa vie durant, son intérêt pour la peinture.



Rowlandson

John Bannister dans sa loge à Drury Lane, 3 décembre 1783
par Thomas Rowlandson
(source : Wikigallery)


Il finit par être auditionné par le grand acteur David Garrick (avec la scène d’Hamlet devant le fantôme de son père). Ce dernier le prend sous son aile, et le jeune Bannister fait ses débuts dans la soirée à bénéfice de son père Charles, le 27 août 1778, où son talent d’imitation fait merveille. Garrick l’instruit également pour le rôle de Zaphna, dans la tragédie de Mahomet (une adaptation d’après Voltaire), face à « Perdita » Robinson en Palmira, le 11 novembre 1778. La mort de Garrick en janvier 1779 interrompt cet apprentissage d’emplois tragiques. Le jeune comédien sera l’un des acteurs comiques les plus encensés de sa génération.

Lors de la saison de 1779-1780, « Jack » suit Charles Bannister à Drury-Lane. C’est le début de ses 37 ans de présence au sein de cette troupe, interrompue par des apparitions l’été au Little Theatre in the Haymarket (théâtre ouvert quand ceux de Covent Garden et Drury Lane ferment leurs portes). Durant les 17 étés où il y est programmé, il joue environ 150 rôles.

Bannister est également employé toute une saison d’hiver au Haymarket, saison exceptionnelle qui a lieu en 1793-1794 : le théâtre de Drury Lane est en reconstruction, et une partie de sa troupe a été engagée par Colman, propriétaire du théâtre. Il y retrouve Nancy Storace, engagée à Drury Lane entre 1789 et 1796, puis de 1805 à 1808.

L’acteur fait également de nombreuses apparitions en province : Manchester, Birmingham, Liverpool, Margate, Dublin, Plymouth, Edinbourg, Brighton, Belfast, Richmond, Bath… Il est l’un des acteurs célèbres les plus présents sur les scènes provinciales, ce qui accroît sa notoriété.

Petit à petit, Jack (dit « Bannister Junior » sur les affiches, pour le distinguer de son père) se glisse dans les rôles de Charles Bannister, leur donnant une résonnance accrue. Le père et le fils partagent souvent l’affiche à Drury Lane, jusqu’à la retraite de l’aîné en 1799.

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En 1807, John Bannister devient régisseur de Drury Lane, mais étant peu doué pour cet emploi, il démissionne assez vite et retourne à son métier d’acteur et de chanteur comique.

L’incendie de Drury Lane en 1809 est un coup très dur pour toute la troupe. Bannister reçoit un don de £ 5000 d’un riche oncle de son épouse ! Mais, utilisant son don d’imitation, Bannister fait également tourner son Bannister’s Budget, un « one man show », un des premiers du genre, mélangeant imitations et soliloque, qui lui apporte critiques enthousiastes et profits, jusqu’en 1810.

Il retourne triomphalement en 1812 dans le nouveau théâtre de Drury Lane, et prend sa retraite le 1er juin 1815, avec le rôle de Walter dans The Children in the Wood.

En 1814, il se rend en France. Ce voyage fait l’objet d’un récit haut en couleur du ténor Michael Kelly, l’un de ses compagnons de voyage,  dans ses Reminiscences

John Bannister meurt à son domicile londonien le 7 novembre 1836. Il est enterré à St Martin-in-the-Fields, près de Charles.

Au cours de sa carrière, il aurait interprété 425 rôles, rôles principaux ou simples apparitions secondaires. Parmi divers emplois qui marquèrent les esprits, il fut un époustouflant Don Wiskerando dans The Critic de Richard Brinsley Sheridan, puis un tout aussi étonnant Joseph Surface dans The School for Scandal.


liste des rôles de Jack Bannister


La liste alphabétique de ses rôles a été publiée par John Adolphus en annexe de son ouvrage sur le comédien. (vol 2, p. 343- 351)

En 1787, il avait été Juan dans The Doctor and the Apothecary, le premier opéra de Stephen Storace pour Drury Lane, d’après l’opéra de Dittersdorf ; il apparaîtra dans tous les opéras comiques du compositeur, se taillant toujours un grand succès et des remarques laudatives dans la presse.




Memoirs of Jack Bannister page de garde

Memoirs of John Bannister, Comedian
avec un portrait


Personnalité et vie privée


Unanimement apprécié pour sa bonne humeur, sa générosité et sa gentillesse, John Bannister semble avoir été un chrétien convaincu et pratiquant. Très convivial, il fait partie de nombreux cercles, et sa personnalité accueillante et joviale semble lui avoir fait de très nombreux amis et admirateurs, de toutes les classes sociales, de la famille royale aux personnes les plus humbles.

Le 26 janvier 1783, il épouse la soprano et actrice Elizabeth Harper (vers 1757-1849), qui se produit régulièrement au Haymarket. (Ell y crée plusieurs opéras de Samuel Arnold et William Shield, dont le rôle-titre de sa Rosina en 1786.) Le mariage est heureux, et le couple a quatre filles et deux fils, élevés selon des principes religieux stricts, selon Adolphus. Cette famille nombreuse aurait été la raison du départ à la retraite d’Elizabeth en 1792.

Le comédien souffre d’accès de goutte très douloureux tout du long de sa vie. Ainsi, en 1806, un quotidien précise que

« A la suite des blessures encourues par [John] Braham et [Jack] Bannister, mercredi après-midi, lesquels ont été éjectés de leur cabriolet à Knightsbridge, Braham est cloué au lit, et Bannister a été incapable, la nuit dernière de jouer le rôle d’Ali Baba dans la nouvelle pièce. On pense, pourtant, qu’il sera capable de jouer lundi prochain pour la soirée à bénéfice de Storace, si le fait d’être alité ne cause pas une crise de goutte, ce dont il souffre parfois. »

La même année, il perd plusieurs phalanges à trois doigts, à cause de l’explosion d’un fusil…

Amateur de peinture, il continue d’avoir des liens très forts avec le milieu artistique de son temps : Thomas Gainsborough et George Morland sont des amis proches.

Il aurait continué à peindre dans son temps libre et son avis est parfois sollicité pour décors et costumes des pièces et opéras dans lesquels il apparaît.

Son goût pour la peinture est de plus attesté par son voyage aux Pays-Bas en 1818. Faisant un tour des galeries de peinture, en passant par Rotterdam, Bruges et Ostende, il a noté toutes ses impressions.

Bannister écrivait un journal qui servit de source principale à Memoirs of John Bannister, publié en 1839 par John Adolphus.


Bibliographie


John ADOLPHUS, Memoirs of John Bannister, Comedian. London, 1839. (Volume 1 ; Volume 2)

HIGHFILL, Philip H., BURNIM, Kalman A., LANGHANS, Edward A. A Biographical Dictionary of Actors, Actresses, Musicians, Dancers, Managers, and Other Stage Personnel in London, 1660-1800… Volume 1. Carbondale, 1973.

The New Grove Dictionary of Music and Musicians.

Joseph KNIGHT (révision de Nilanjana BANERJI), « Bannister, John (1760–1836) » dans Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.

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