samedi 7 janvier 2017

1786 : "Prima la musica, poi le parole" de Salieri, satire viennoise de "Giulio Sabino" de Sarti




Frontispice de la partition Artaria 1782

Partition imprimée (par Artaria ?) à Vienne en 1782.
(II, scène 10)
Source : Gallica / BNF (coll. Conservatoire)
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Si aujourd'hui nous ne connaissons souvent de Giuseppe Sarti que l'allusion à l'air de son opéra Fra i due litiganti, « Come un agnello », que Mozart a cité lors du banquet final de Don Giovanni, l'œuvre de ce compositeur ne se résume pas à ce seul grand succès buffa, repris dans toute l'Europe sous des appellations diverses. Outre ses très nombreuses ouvrages scéniques et ses talents réputés de pédagogue, il est aussi l'auteur d'un opera seria qui eut un retentissement énorme, Giulio Sabino. Souvent représenté plusieurs fois la même année, à peu de semaines de distances, cet opéra fut aussi le sujet de modifications diverses, au gré de ses reprises, témoignage de sa longévité sur les scènes.

Giulio Sabino est créé en janvier 1781 sur la scène de Teatro San Benedetto à Venise pour le Carnaval.

Ce Giulio Sabino, de facture ouvertement métastasienne, a été l'un des opéras favoris de deux des plus grands castrats de la fin du XVIIIe siècle, Gasparo Pachierotti et Luigi Marchesi. Il leur doit sans doute sa fortune et sa permanence exceptionnelle, à une époque où la notion de répertoire n'existait pas encore.

La popularité de l'œuvre est attestée par la multiplication de partitions manuscrites, une édition de la partition complète imprimée luxueusement à Vienne par Artaria dès 1782, une traduction allemande du livret publiée à Nuremberg en 1791 (apparemment pour ses mérites littéraires, car cette édition ne semble pas liée à une série spécifique de représentations), et la parodie de Casti, représentée à Vienne en 1786.


Le livret


L'anecdote historique qui fonde le livret est un épisode de la révolte de Civilis et de Sabinus en 69-70 après JC (La "Grotte de Sabinus" se visite toujours.)

Au premier acte, Giulio Sabino a quitté son château de Langres incendié pour faire croire à sa mort. Il rencontre son ami Arminio, qui le presse de retourner à sa cachette, car le secteur est entouré de troupes romaines. Il l'informe aussi que Tito est tombé amoureux de son épouse Epponina (qu'il croit veuve). Annio, le préfet romain, amoureux secrètement d'Epponina, fait croire à Tito que son père Vespasien veut emmener Epponina à Rome comme prisonnière. Tito est partagé entre son amour et son devoir. Voadice, sœur de Sabino et servante de Tito, défend sa belle-sœur. Sabino, jaloux de Tito, querelle son épouse. Ils sont surpris par Tito. Sabino se présente comme un ancien ami de Sabino, Orgonte, et offre ses services à Tito. (« Là, tu vedrai chi sono ») Tito, cependant, cède aux supplications d'Epponina et lui permet de fuir. Annio informe Tito que la rumeur prétend que Sabino est encore en vie. Epponina court prévenir Sabino de la nouvelle.

Acte Second. Arminio et Voadice renouvellent leurs serments. Arminio prévient Sabino/Orgonte que ses partisans se tiennent prêts à l'aider. Annio surprend Epponina et Sabino, et menace Epponina de tout révéler si elle ne se tient pas tranquille. A Tito, il annonce qu'Orgonte allait enlever Epponina. Tito fait emprisonner Sabino. Alors que les romains l'emmènent au camp romain, il est délivré par les troupes d'Arminio. Sabino se cache dans les ruines de son château, rejoint par Epponina et leurs enfants. Ils sont découverts par Annio et Tito. L'identité de Sabino est ainsi découverte. Voadice et Epponina tentent de fléchir Tito, lorsqu'on annonce que Sabino a été tué en tentant de s'enfuir. La nouvelle est fausse et on amène bientôt Sabino enchaîné devant Tito. Soutenu par son épouse, Sabino réaffirme sa volonté de ne pas fléchir devant les romains : ils sont tous deux condamnés à mort.

Acte Troisième. Epponina est conduite devant Tito, qui lui propose de la sauver si elle consent à devenir son épouse. Elle refuse et renouvelle ses vœux de fidélité. Tito décide de la punir de sa constance en lui faisant assister au supplice de son mari avant sa propre exécution. Sabino est conduit à la mort, il revoit sa femme et lui dit adieu.
Cependant, fléchi par la constance des deux condamnés, Tito leur accorde la vie sauve et leur rend leurs enfants. Avec cette clémence vient également l'hommage volontaire de Sabino, qui se soumet à l'autorité romaine.


La reprise viennoises de 1785 avec Luigi Marchesi




Luig Marchesi Caterina Cavalieri


 Luigi Marchesi et Catarina Cavalieri dans Giulio Sabino
au Kärntnertortheater en août 1785.
Photographie (c) DR



En 1785, le célèbre castrat Luigi Marchesi, en route pour Saint-Petersbourg en compagnie de Sarti, s'arrêta à Vienne et donna six représentations du Giulio Sabino monté tout spécialement à son intention.

L'occasion était exceptionnelle, car on sait que Joseph II, qui surveillait de très près la programmation du Burgtheater, avait banni de Vienne et l'opera seria, et le ballet, au grand déplaisir de la noblesse qui appréciait ces loisirs aristocratiques, au profit de l'opera buffa et du théâtre national.

La production fut établie avec précision par Joseph II dans sa correspondance avec le comte Orsini-Rosenberg, chargé du théâtre impérial du Burgteater. (principalement dans une lettre datée du 23 juillet 1785.)

Les représentations comptèrent parmi les nouveautés de la saison et demandèrent un financement exceptionnel, mais furent fort rentables. (On trouvera les détails financiers de l'opération dans l'ouvrage de Dorothea Link indiqué en bibliographie.)

Marchesi interprétait évidemment Giulio Sabino, Epponina était chantée par Catarina Cavalieri (la première Konstanze de l'Enlèvement au Sérail), et Tito par Valentin Adamberger (le premier Belmonte.)

La version donnée fut en fait un pasticcio tant les insertions furent nombreuses. Outre les airs d'insertions de Salieri -qui dirigea les représentations-, on note, par exemple, l'insertion d'un rondo de Tarchi, « Cari oggetti del mio core » au lieu de l'air original « Cari figli, un altro amplesso ».

Le comte Karl von Zinzendorf, dont les journaux sont si précieux en ce qui concerne l'opéra à Vienne, relate que le « 4. Aout [1785] » :

A 6h 1/2 au Theatre de la Cour pres de la porte de Carinthie. La Salle reparée ornée a neuf fesoit un bel effet, les appuis couverts de toile rose, les franges en dehors taffetas rose et faux or. L'opera serieux Giulio Sabino, trait d'histoire du regne de Vespasien un peu alteré. Marchesini premier Soprano del'Italie enchanta tous l'auditoire par sa belle voix, douce, sonore, harmonieuse et touchante. dans le duo la Cavalieri etouffoit la voix de March. par ses cris. March. a un visage de femme, des gestes de femme, que la Storace, son ecoliére a tres bien imité, une voix au dela de celle d'une femme, des sons flutés etonnans. La scene de la prison du second acte fut rendu par lui d'une maniére attendrissante. La decoration de fête qui y [recede ?] brusquement dans le troisiême acte, fait un coup de theatre. Il y fesoit tres chaud.

6.Aout : Le soir au Spectacle. Giulio Sabino. Il alla mieux que l'autre fois, Marchesi avoit moins peur, il s'est fait couper a 16. ans, et la Cavalieri cria moins. Le Prince de Kaunitz y vint.

Les allusions à Nancy Storace qu’on trouve dans le compte-rendu de Zinzendorf s'expliquent aisément. Au moins un air tiré de Giulio Sabino avait été chanté à Vienne chez Sir Robert Murray Keith -l'ambassadeur anglais à Vienne-, le 1er juillet 1783, lors d'un concert privé, donné pour présenter la Storace nouvellement arrivée à la noblesse amatrice d'opéra.

Elle interpréta un air de l'opéra, accompagnée par Francesco Benucci au clavecin. Si on ne sait exactement quel air fut donné, il s'agit très certainement d'un air du rôle-titre. Nancy Storace était connue pour ses talents d'imitatrice, et elle avait déjà défrayé la chronique en Italie par sa duplication de certains ornements du chant de Luigi Marchesi.... et son renvoi (d'après Michael Kelly) à la suite de cet insolent exploit !



« Là, tu vedrai chi sono », souvent chanté par N. Storace
et parodié dans Prima la musica de Salieri
(Interprété par Sonia Prina)



La parodie de Salieri, Prima la musica, poi le parole (1786), avec Nancy Storace


Ces représentations, qui marquèrent les esprits, firent l'objet d'allusions lors d'une soirée organisée par Joseph II qui mit en compétition Salieri/Casti et Mozart/Stephanie le jeune, à l'occasion de la visite de sa sœur et de son beau-frère. Les deux œuvres furent données à l'Orangerie du château de Schönbrunn, le 7 février 1786.

Comme le relate le Wiener Zeitung du 8 février 1786 :

Sa Majesté l'Empereur donna mardi une fête à Son Altesse le Gouverneur Général des Pays-Bas et à plusieurs personnages de la noblesse autrichienne. A ces réjouissances furent conviés quarante cavaliers ainsi que le prince Poniatowski dont il a été question plus haut. Après avoir choisis eux-même leurs dames, ils se firent conduire en couples, en calèches ou en voitures fermées, avec Sa Majesté l'archiduchesse Marie Christine elle-même, soeur de l'Empereur, de la Hofburg, à Schönbrunn, où ils descendirent à l'Orangerie. Celle-ci fut décorée avec la plus magnifique élégance pour le repas de midi. Placée sous les tables de l'Orangerie, la table du festin était garnie et décorée le plus agréablement qu'il fût de fleurs et fruits d'ici et d'autres pays. Pendant que Sa Majesté et les illustres hôtes prenaient leur repas, l'harmonie de la chambre royale et impériale jouèrent sur le plateau de théâtre qui avait été érigé à une extrémité de l'Orangerie une Comédie avec des airs de musique spécialement composés pour cette fête et intitulée "Der Schauspiel-Direktor". Ce spectacle fini, la compagnie de la Hofoper présenta sur la scène italienne dressée à l'autre extrémité de l'Orangerie l'opera buffa lui-aussi tout exprès composé pour cette circonstance sous le titre : Prima la musica poi le parole. Pendant ces représentations, l'Orangerie fut magnifiquement éclairé par de nombreuses lumières de lustres et de flambeaux. Après neuf heures (du soir) toute la société, accompagnée de palefreniers tenant les lanternes, retourna en ville.

L'œuvre italienne livrée par Salieri est un mini opera buffa écrit très rapidement (d'où les nombreuses allusions dans l'ouvrage !), et qui n'aurait dû avoir aucune postérité en dehors des allusions précises au contexte de création et à l'actualité lyrique du moment.

Les airs serie parodiés sont donc des reprises des airs chantés par Marchesi lors de son passage viennois, sauf la partie d'Eponina... Les allusions aux interprètes viennois de ce Giulio Sabino, Catarina Cavalieri et Valentin Adamberger se renforçaient, puisque ces deux chanteurs faisant partie de la troupe allemande concurrente de cette même soirée. Prima la musica était donc clairement une satire de la troupe du moment du Burgtheater et de son fonctionnement, ce que les spectateurs connaisseurs de la vie lyrique viennoise ne pouvaient manquer de relever.

Les piliers principaux de la troupe étaient présents: Eleonora était Nancy Storace ; Tonina, Celeste Coltellini ; le Poeta, Stefano Mandini, et le Maestro, Francesco Benucci. Le librettiste parodié était en fait Casti lui-même (qui venait d'écrire pour Vienne La Grotta di Trofonio ) même si Da Ponte crut s'y retrouver, méchamment brocardé. (Ceci dit, on connaît la paranoïa du Vénitien.) Le compositeur est évidemment Salieri lui-même.

En dehors des piques sur la rivalité du genre buffa et du seria, on peut aussi retrouver d'autres allusions :

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Le Comte Opizio, le commanditaire de l'opéra qui doit être créée dans des conditions impossibles- était bien sûr l'empereur Joseph II, qui laissa très peu de temps pour monter le double spectacle. Le compositeur précise : "Mais avant-hier, le comte Opizio m'a parlé d'une virtuose fameuse, en tout cas, c'est ce qu'il dit, et le crois (et ceci aussi, je le crois, parce qu'il me l'a assuré lui-même) parce qu'il a un talent musical exceptionnel". Evidemment, allusion aux sessions musicales privées de Joseph II avec un petit groupe choisi de musicien, dont faisait partie Salieri depuis des années, tout comme à l'implication extrême dont témoigne sa correspondance dans le recrutement des chanteurs et leur estimation.
Le compositeur précise qu'il ne fera le travail que pour 100 zecchini (monnaie vénitienne)... et Joseph II dut le remarquer, car, malgré sa pingrerie légendaire, il lui donna 100 ducats, somme importante pour un travail qui incorporait des extraits d'autres compositeurs.

La pièce fourmillait aussi d'allusions à d'autres opéras de Salieri, en dehors des insertions qu'il fit dans le Giulio Sabino :
-       Parmi les livrets d'opéra rejetés par Tonina figure La donna letterata, opéra écrit par Salieri ! (en fait, Le Donne letterate) et elle mentionne que "Je ne le connais pas, mais rien qu'avec le titre, je comprends que c'est casse-pied."

-       Le personnage principal de la Secchia rapita, Gherarda, comtessa di Culagna est esquissé dans le "Elle [Eleonora] pourrait être la comtesse de Culagna, je m'en fiche complètement", de la part de sa rivale Tonina.

-       Pendant que le poète arrange l'aria d'Eleonora, Salieri accompagne ses efforts par une ligne de basse qui ressemble à l'introduction des Donne Letterate... passage où l'on voit les personnages faire des efforts intellectuels assez ridicules.

-       Quant à l'hilarant air "français" de Tonina, il s'agissait bien évidement là d'une auto parodie de Salieri de ses tragédies lyriques parisiennes.

Il faut noter que les deux cantatrices rivales (sur la scène et dans la vie) Celeste Coltellini et Ann Storace, ne chantèrent que deux fois ensemble : des rôles de jumelles dans La Grotta di Trofonio et dans cette œuvre-ci. Joseph II et l'administration du Burgtheater étaient sans doute courageux, mais non téméraires !


 décoration de l'orangerie de Schönbrunn, où se tint le duel entre Prima la musica poi le parole et le Directeur de Théâtre

 Eau-forte de Johann Hieronymus Loeschenkohl de 1786 montrant la décoration de l'orangerie de Schönbrunn, où se tint le duel entre Prima la musica poi le parole et le Directeur de Théâtre
Photographie © DR (Source : Universität Wien)
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Quant au jugement de certains des contemporains sur le succès des pièces, il est l'exact inverse de l'opinion actuelle qui tend à préférer Mozart, comme le montre l'entrée du Journal du comte Zinzendorf.

7. Fevrier: Arrivés a Schoenbrunn ce salon d'orangerie qui fait un si beau [vase ? ], se trouva beaucoup mieux orné que l'année passée. Ma voisine a gauche la Pesse de Ligne dit que ces beaux arbres, ces fleurs, cette charmente musique de l'Empereur, qui nous jouoit les airs de Trofonio rapelloient les mille et une nuit, les contes des fées…. On prit le Caffé vers le placement du théatre Italien. On alla entendre une Comédie Allemande intitulée. Der Schauspiel Director dans laquelle la Sacco et Lang jouerent un morceau de Bianca Capello, la AdamBerger et Weidmann un morceau aus der galanten béurin. La Cavalieri et la Lang chanterent. Le tout etoit fort mediocre. Ensuite on passa a l'autre bout de la Sale, ou Benucci, Mandini, la Storace et la Coltellini jouerent une petite piece Prima la musica e poi le parole, dans laquelle la Storace imita parfaitement Marchesi en chantant des airs de Giulio Sabino. Cela fini a 8 h 1/2 on quitta Schoenbrunn.

Comme le précise Zinzendorf, Joseph II qui aimait la compétition musicale, avait déjà préparé une joute de cet ordre : il avait en effet opposé dans les mêmes lieux Emilia Galotti de Lessing et La Finta amante de Paisiello, d'où l'allusion de Zinzendorf aux festivités passées.

 



Reprises viennoises de Giulio Sabino en 1789 et 1805



Ce ne fut pas la dernière apparition de Giulio Sabino à Vienne, puisque Zinzendorf note, en 1789, que :
7 Mars: Le soir al'opera. [...] Ensuite la ferraresi chanta le rondeau de Giulio Sabino. Compatite i casi miei, compiangete il mio dolor. Acte II Scene ix.

La Ferrarese del Bene avait chanté le rôle d'Epponina à Londres, au King's Theater en 1786, dans une version de Cherubini.

Cet opéra fut également reprise en 1805. Sur l'édition de 1805 figurent des insertions de Weigl, Gyrowetz et Salieri.

Le musicologue Giovanni Carli Ballola a signalé une conséquence probable et fort intéressante des reprises viennoises.

En 1785 avait été substitué au trio n° 16 "Sfogati pur tiranno" (Epponina, Tito et Sabino) de la fin de l'acte II, un autre trio de Sarti, tiré de son Medonte re di Epiro (livret de Giovanni de Gamerra, créé à Florence en 1777), qui compta comme Giulio Sabino comme l'un des plus grands succès du compositeur. Ce trio offre les mêmes caractéristiques que celui de Giulio Sabino : mêmes typologies vocales, même conflit des affects, même notoriété, comme en témoignent les nombreuses copies qui ont circulées.

Ce trio écrit pour un Medonte (ténor), Arsace (soprano) et Selene (soprano) est le suivant. On substitue alors un "amanti" original, pour un "sposi" plus adapté à Sabino et Epponina.
Tito : Tormate, empi, tremate
dell' ire mie severe ;
su quelle fronti altere
il fulmine cadrà. 

Sabino : Risarmia, o Dio, quel sangue... 

Epponina : Fa' ch'io sol cada esangue... 

Sab et Epp. a due : Sfoga lo sdegno in me. 

Tito : Ambi svenati io voglio,
vittime am mio rigore.

Sab Epp a due : D'un innocente ardore
o barbara mercè ! 

Tito : Tolganzi agli occhi miei
quegli arborriti sposi.
Sabino : A questo affanno..

Epponina : Ai pianti... 

Tito : Ho di macigno il cor. 

Epponina : Son queste, amato bene,
le amabili catene
onde ne avvinse amor...
Sabino : Son questi, idolo mio,
quei cari lacci, o Dio,
che ci serbava amor... 

Tito : E' questa, avversi Dei,
dunque la fè che in lei
facea sperarmi amor... 

A 3 : Stelle tiranne, omai
ho tollerato assai
la vostra crudeltà.

Ce texte est exactement celui que mit Beethoven en musique vers 1801-1802. Ce trio fut complété en janvier février 1814, pour le concert donné à la Redoutensaal le 27 février de cette année-là ; dans le programme figurait également la 8ème symphonie et le Wellingtons Sieg oder due Schlaght bei Vittoria.

"Tremate, empi, tremate" (op. 116) fut publié en 1826 à Vienne par Steiner. Le texte de cet ensemble, dont l'autographe ne nous est pas parvenu, a été autrefois attribué à un "Signor Betoni" ou à un auteur inconnu. On peut maintenant supposer que Beethoven connaissait la version de Sarti, d'autant plus que la mise en musique beethovenienne comporte des similitudes structurelles troublantes avec celle du compositeur italien, selon M. Carli Ballola. Qu'il ait assisté à l'une ou l'autre représentation de Giulio Sabino est douteux, mais il est certain que ce fut ce pasticcio viennois dont il eut connaissance, puisque l'altération textuelle est bien reportée. 


Bibliographie :


ARCE, Angeles. Prima la musica, poi le parole: 'Divertimento' metateatral de GB Casti dans Cuadernos de Filologia Italiana (Vol. 9), 2002, pp. 79-99.

ARMBRUSTER, Richard. "Salieri, Mozart, und die Wiener Fassung des Giulio Sabino von Giuseppe Sarti: Opera seria und "Rondo-Mode" an der italienischen Oper Josephs II." dans Studien zur Musikwissenschaft: Beihefte der Denkmaler der Tonkunst in Osterreich (Vol. 45), 1996, pp.
133-166


CARLI BAROLA, Giovanni. Lettura del "Giulio Sabino" dans Giuseppe Sarti, musicista faentino : atti del Convegnon internazionale, Faenza 25-27 novembre 1983 : a Cura du Mario Baroni e Maria Gioia Tavoni. Modena : Mucchi, 1986.

FABBRI, Paolo. Giulio Sabino, ovvero la clemenza del figlio di Tito dans Giulio Sabino, enregistrement Bongiovanni, 1999

LINK, Dorothea. The National Court Theatre in Mozart's Vienna : Sources and Documents, 1783-1792. Clarendon Press, 1998.

New Grove Dictionnary of Opera

RICE, John A. Antonio Salieri and Viennese Opera. Chicago : The University of Chicago Press, 1998.

WIESMANN, Sigrid. Zur Dramaturgie von Giuseppe Sartis Giulio Sabino. dans Traditionen-Neuansatze: Fur Anna Amalie Abert (1906-1996) (Hortschansky, Klaus (éd.). Tutzing, Germany: Schneider ; 1997. (pp. 691-694)


Pour entendre Giulio Sabino :


Giuseppe Sarti : Giulio Sabino
Giulio Sabino : Sonia Prima
Epponina : Elena Monti
Tito : Giuseppe Filianotti
Arminio Alessandra Palomba
Voadice : Donatella Lombardi
Annio : Kremena Dilcheva

Accademia Bizantina
Ottavio DANTONE, direction
Richard Barker, clavecin

(Enregistrement effectué par la RAI Radio 3, les 20 et 21 mars 1999 au Teatro Alighieri de Ravenne)
CD Bongiovanni

D’après un dossier réalisé par Emmanuelle et Jérôme Pesqué en août 2006.
Première publication sur ODB-opera.com

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