mercredi 22 février 2017

‘No Song, No Supper’, opéra de Stephen Storace (1790)



Le 16 avril 1790, le ténor Michael Kelly utilise son droit à sa soirée à bénéfice au Theatre Royal de Drury Lane. (Une représentation à bénéfice est une représentation dont le produit est abandonné par le théâtre à un comédien, à un auteur, etc. Le bénéficiaire organise entièrement la représentation, le programme, vends lui-même les billets et s’occupe de la publicité. Le théâtre déduit généralement de la recette les frais d’occupation du lieu. Certains interprètes se rendent réciproquement service en jouant gratis pour leurs collègues.)

En seconde partie de soirée, l’afterpiece qu’il a choisie est une création, bien qu’elle n’ait pas été composée pour l’occasion. Il s’agit d’une œuvre qui aura une longévité remarquable, et qui fera les beaux soirs de Drury Lane jusque vers 1810.

No Song, No Supper (Pas de chanson, pas de souper) sera reprise chaque année à Drury Lane et formera un des piliers du répertoire de Nancy Storace, dont l’incarnation de Margaretta marquera les esprits.

La partition est composée par Stephen Storace, le frère de la cantatrice.

Le librettiste est Prince Hoare, que les Storace avaient rencontré à Florence en 1779. Abandonnant la peinture à cause d’une santé fragile, il s’est consacré à une activité de dramaturge dès 1788.

C’est la première collaboration des deux amis : ils travailleront souvent ensemble, jusqu’à la mort de Stephen en 1796. Prince Hoare rédigera d’ailleurs les épitaphes de Stephen et Nancy (la plaque apposée dans l’église de St. Mary at Lambeth est toujours visible).



annonce de presse datant de 1790

Annonce de presse pour la représentation du 26 avril 1790,
(Détail d’un recueil factice d’articles divers.


Synopsis de l’opéra


Deux marins, Frederick et Robin, font naufrage près de chez eux. Ils espèrent pouvoir revoir leurs amantes, Louisa Crop et Margaretta, et se rendent chez le fermier Crop, père de Louisa. Dorothy, la seconde épouse du fermier, est éprise de l’homme de loi véreux Endless, qui a déjà contribué à séparer les amants. En l’absence de son mari, elle lui prépare un souper, consistant en un rôti et un gâteau, ce dont Margaretta (qui passe pour une chanteuse des rues) est témoin. Alors qu’Endless s’apprête à manger, Crop frappe à la porte. Endless se cache, et le souper est dissimulé. Margaretta chante une ballade, dont le premier couplet révèle la cachette du rôti, le second, celle du gâteau, et le troisième, la cachette d’Endless. Il est chassé et le couple de fermiers se réconcilie. Robin et Frederick, devenus riches grâce à un tonneau d’or sauvé du naufrage, peuvent désormais se marier, et annoncent la bonne nouvelle. (d’après Jane Girdham (1997), p. 178)

On trouvera le livret de 1792, imprimé à Dublin sur Google Books.

Pour lire la suite, cliquez en dessous
 

La distribution de la création était la suivante :


Frederick (Kelly)
Robin (Bannister jun.)
Endless (Suett)
Crop (Dignum),
Thomas (Alfred)
William (Sedgwick)
Margaretta (Signora Storace)
Louisa (Mrs Crouch)
Dorothy (Miss Romanzini)
Nelly (Miss Hagley)
Deborah (Mrs Booth)



playbill de 1795

Playbill de 1795
(Source : Bodleian Library)


La partition


Comme c’était l’usage, Stephen Storace réutilisa et compila des morceaux d’origine diverses dans sa partition. Il s’agit d’un pasticcio, comme la plupart des ballad operas donnés dans les théâtres de Covent Garden et Drury Lane. La pratique n’avait rien d’exceptionnel, et les emprunts étaient répertoriés et annoncés comme tels, autant sur les affiches que dans les comptes-rendus de presse.

L’affiche (playbill) des premières représentations annonçait que « la musique [était] compilée de Pleyel, Dr Harrington, Giordani, Gluck, &c »

Storace va également puiser dans l’un de ses propres opéras italiens composés pour le Burghtheater de Vienne. On retrouve ainsi des extraits de Gli Equivoci dans cette partition de 1790, dont un air, également employé dans La cameriera astuta, « Ah perche di quel ingrato ».

L’un des airs chantés par Nancy Storace, « With lowly suit and plaintive ditty », qui eut beaucoup de succès et fit même les délices des salons victoriens, s’inspirait d’une mélodie chantée par un mendiant aveugle, selon la rumeur de l’époque.

Ainsi que le précise Roger Fiske, « dans cette afterpiece, [Storace] s’est plié aux exigences du style anglais, en écrivant plus d’airs courts strophiques dans le style de la ballade qu’il ne le fit dans d’autres ouvrages ». C’est probablement l’une des raisons du succès durable d’une partition qui pouvait être interprétée tant par des comédiens chanteurs que par de véritables chanteurs d’opéra.



texte de l'air "With lowly suit"

Texte de l’air
With lowly suit, and plaintive ditty


La partition réduite est consultable sur le site d’archive.org


Postérité de l’ouvrage


C’est une des rares partitions anglaises de Stephen Storace dont nous possédons une version complètement orchestrée, bien que cette partition soit sans doute une adaptation pour le Little Theatre in the Haymarket. Elle ne reflèterait donc pas forcément le talent de Storace comme orchestrateur.

Cet opéra a été diffusé par la BBC en 1996 : Harry Bickett dirigeait le Scottish Orchestra. Les dialogues avaient été remplacés par un narrateur résumant l’action.

Il n’existe à ce jour aucune version commerciale de cet opéra.


Bibliographie


Jane Girdham, English Opera in Late Eighteenth Century London. Stephen Storace at Drury Lane. Oxford, Clarendon Press, 1997.

Roger Fiske, « The Operas of Stephen Storace » dans Proceedings of the Royal Musical Association, (1959-1960), p. 29-44.

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