samedi 7 octobre 2017

6 novembre 1805 – Nelson est mort, mais le spectacle continue !



Le matin du 6 novembre 1805, arrive à l’Amirauté le capitaine Spykes (du Nautilus), porteur de dépêches annonçant la victoire de Trafalgar et la mort de Nelson. La nouvelle se répand comme une trainée de poudre, et certains quotidiens lancent immédiatement une nouvelle édition.


Nancy Storace John Braham 1805 The European Magazine and London Review

Mention de la réapparition de Nancy Storace et John Braham
à Drury Lane, dans The European Magazine and London Review.


Le soir même, dans le théâtre de Drury Lane que Nancy Storace et John Braham ont rejoint en leur début de saison 1805-1806, et où ils ont réapparu début novembre dans The Siege of Belgrade, public comme interprètes rendent hommage au héros défunt.

Les annonces de presse avaient publicisé la soirée, en précisant que seraient insérés dans ce vieil opéra de Stephen Storace (frère de Nancy),

A l’Acte I sera introduit le célèbre Duo de l’“Amor Fraterno” par Mr Braham et la Signora Storace – Et dans l’Acte II l’Air favori de “My heart with love is beating” par Mr Braham.


Nancy Storace John Braham 1805 The Siege of Belgrade

Annonce du programme et de la distribution
De la soirée, parue dans la presse quotidienne.


Toutefois, l’ajout qui suscitera le plus de commentaires de la presse, est évidemment l’hommage « spontané » rendu par la salle et les interprètes à l’amiral Nelson.

Un premier quotidien précise que :
The Siege of Belgrade fut répété la nuit dernière; et Braham qui était en voix, chanta ses divers airs avec un goût raffiné, une délicatesse dans le ton et une brillance d’exécution qui a rarement été égalée, que ce soit sur la scène italienne ou anglaise. Plusieurs de ses airs furent demandés en bis avec force, et applaudis avec délices. Storace, en Lilla, fut victorieusement enjouée comme actrice et grandement efficace comme chanteuse ; et Miss DE CAMP, BANNISTER, MILLER, MATHEW, et DIGNUM, reçurent et méritèrent de nombreux applaudissements.
God Save the King et Rule Britannia, furent chantés en honneur de la splendide victoire de Lord NELSON, au milieu des applaudissements extatiques de toutes les parties du théâtre ; et les vers suivants, écrits par Mr. CUMBERLAND furent récités par Mr. WROUGHTON avec beaucoup d’effet :

Pour lire la suite, cliquer en dessous

Is there a man, who this great triumph hears,
And with his transports does not mingle tears?
For, tho’ Britiannia’s flag victorious flies,
Who can refrain from grief when NELSON dies?
Stretch’d on his deck amid surrounding fires,
More Phoenix-like the gallant Chief expires;
Cover’d with trophies, let his ashes rest,
His memory lives in every British breast,
His dirge our groans, his monument our praise;
And whilst each tongue this grateful tribute pays,
His soul ascends to Heav’n in glory’s brightest blaze.

[Traduction libre]
Il y a-t-il un seul homme, qui entendant ce grand triomphe,
Qui ne mêle pas les pleurs à ses transports de joie ?
Car, bien que les enseignes de Britannia claquent triomphalement au vent,
Qui peut être exempt de douleur quand NELSON périt ?
Etendu sur le pont, environné de flammes,
Pareil à un Phénix, le galant commandant expire ;
Recouvertes de trophées, que ses cendres reposent,
Que sa mémoire vive dans tous les seins britanniques,
Que son chant funèbre soit nos gémissements, son monument nos louanges ;
Et, alors que chaque bouche lui rend un hommage reconnaissant,
Son âme s’élève aux Cieux dans la flamboyance de la gloire.


De même, un autre périodique se borne à préciser que :

Aussitôt que le rideau se leva, Rule Britannia fut énoncé de toutes les parties du théâtre, avec une ardeur très enthousiaste. La compagnie des interprètes dans son entier apparût immédiatement en scène, et ce chant si patriotique et loyal fut chanté [par ?] l’Opéra. Rule Britannia fut répété en son entier, avec encore plus d’esprit et d’enthousiasme qu’auparavant. De nouveau, le public se joignit à [ ??] et [ ??] parmi des acclamations universelles. Mr  alors s’avança, et [ ??] annonça la nouvelle suivante, écrite par Mr.CUMBERLAND, qui fut reçue par les applaudissements les plus enthousiastes –

Is there a man, who this great triumph hears,
And with his transports does not mingle tears?
For, tho’ Britiannia’s flag victorious flies,
Who can refrain from grief when NELSON dies?
Stretch’d on his deck amid surrounding fires,
More Phoenix-like the gallant Chief expires;
Cover’d with trophies, let his ashes rest,
His memory lives in every British breast,
His dirge our groans, his monument our praise;
And whilst each tongue this grateful tribute pays,
His soul ascends to Heav’n in glory’s brightest blaze.

[L’exemplaire du journal consulté est très effacé et difficilement lisible.]

John Braham et Nancy Storace connaissaient bien le couple Horatio Nelson-Lady Hamilton. Cette dernière donnera d’ailleurs au ténor un bel anneau de deuil pour commémorer ce décès.


Cette représentation du 6 novembre 1805 et l’hommage à Horatio Nelson
sont mentionnés pages 295 et 296 dans la biographie de Nancy Storace,
par Emmanuelle Pesqué.

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