mardi 26 décembre 2017

1790 – ‘No Song, No Supper’: "Knocking at this hour of day" (Trio) [AUDIO]




Seul opéra anglais de Stephen Storace à avoir survécu dans une partition orchestrale, l’afterpiece (pièce ou opéra donné en seconde partie de soirée) No Song, No Supper (Pas de chanson, pas de souper) eut un succès ininterrompu durant toute la carrière de sa sœur, Nancy Storace, pour laquelle il tailla le rôle de Margaretta. Elle contribua d’ailleurs à faire de ce personnage l’un des plus marquants de son répertoire, pour le public d’alors. Sa vivacité scénique et ses talents comiques devaient beaucoup ajouter à une partition relativement simple… mais dont la simplicité même fit beaucoup pour la longévité de l’ouvrage.

On trouvera une présentation générale de cet opéra dans la miscellanée ‘No Song, No Supper’, opéra de Stephen Storace (1790) et des compléments d’information ici.

Synopsis général

Deux marins, Frederick et Robin, font naufrage près de chez eux. Ils espèrent pouvoir revoir leurs amantes, Louisa Crop et Margaretta, et se rendent chez le fermier Crop, père de Louisa. Dorothy, la seconde épouse du fermier, est éprise de l’homme de loi véreux Endless, qui a déjà contribué à séparer les amants. En l’absence de son mari, elle lui prépare un souper, consistant en un rôti et un gâteau, ce dont Margaretta (qui passe pour une chanteuse des rues) est témoin. Alors qu’Endless s’apprête à manger, Crop frappe à la porte. Endless se cache, et le souper est dissimulé. Margaretta chante une ballade, dont le premier couplet révèle la cachette du rôti, le second, celle du gâteau, et le troisième, la cachette d’Endless. Il est chassé et le couple de fermiers se réconcilie. Robin et Frederick, devenus riches grâce à un tonneau d’or sauvé du naufrage, peuvent désormais se marier, et annoncent la bonne nouvelle. (d’après Jane Girdham (1997), p. 178)

La partition

Stephen Storace recycla une partie de ses opéras italiens écrits pour Vienne dans ses ouvrages anglais. Ainsi, le trio « Knocking at this hour of day » est tiré du finale de Gli Equivoci (Les Méprises), opéra datant de 1786, au livret inspiré de La Comédie des Erreurs de Shakespeare. En témoigne le ténor Michael Kelly dans ses Reminiscences :

Michael Kelly Reminiscences : on Stephen Storace's 'No Song, No Supper'

Le trio s’insère juste après l’air « A miser bid to have and hold me » chanté par Margaretta. Le personnage explique alors quel est son triste sort, avant de demander aide et protection aux habitantes de la chaumière (où l’on va bientôt apporter le souper du titre).


Nelly (Ann Hetherington, mezzo-soprano)
Margaretta (Lisa Milne, soprano)
Dorothy (Elizabeth McCormack, soprano)
BBC Scottish Symphony Orchestra, Harry Bicket (dir.). 1996.


 Traduction française :

 
Margaretta :
Mon vieux père ne sait pas où je me trouve – Bon sang, c’est sa faute à lui ; car s’il m’avait laissée épouser Robin, je ne me serais pas enfuie, mais il voulait me faire épouser un vieux idiot comme lui-même, uniquement car il était riche ; mais que sont les richesses comparées à l’amour ? Je le détestais, et n’en aurais pas voulu même s’il avait été farci de diamants. En plus, je savais que c’est à cause de lui qu’on a fait un procès à Robin, ce qui l’a fait me quitter. – Si j’aspirais à la richesse, j’aurais pu l’être depuis longtemps. N’ai-je pas refusé de nombreux soupirants, bien vrai ! Et je le ferai encore, car je n’aime personne d’autre que Robin ; et pour l’avoir, je quitterais bien cinquante pères. Je pense que personne ne peut me reconnaître dans ce déguisement ; pourtant, je vais abandonner ma vêture de chanteuse des rues et demander une aide plus honnête / chercher un emploi plus honnête, jusqu’à ce que j’apprenne le retour de Robin—mais mon panier est vide, et il est grand temps de chercher un asile pour la nuit—voici une chaumière—quelle chance –je vais essayer ici. (Elle frappe à la porte)

Nelly, puis Dorothy, qui se joignent à Margaretta en un Trio.

Nelly :
Frapper à cette heure,
Que voulez-vous donc, ma fille ?

Margaretta :
Une étrangère devant votre seuil amical,
J’implore un asile pour la nuit.

Nelly :
Mendier est un métier détestable,
Je crains que vous ne trouviez que peu d’aide,
Mais restez, je vais demander, et vous le dirai.

Margaretta :
Hélas ! J’ai bien que ce ce soit vrai,
Une mendiante récolte le dû de la mendiante,
Quoiqu’vrai soit son indigent récit,
 Un mendiant récolte le dû du mendiant.

Dorothy :
Tu dois filer, nous sommes seules,
Et un asile ne pouvons te donner.

Margaretta :
Mes pieds douloureux ne me portent plus,
Un peu de paille est à quoi j’aspire.

Dorothy :
Le village est à cinq lieues là-bas,
Je me demande ce que la fille aurait.

Nelly :
Le village est à cinq lieues etc

Margaretta :
Misérable que je suis, dois-je y aller ! Oh, ayez pitié.

Dorothy :
Va, fiche le camp, égyptienne, allez,
Nous t’avons dit que tu ne peux rester—

Nelly :
Quelle impudence,
Va-t-en, trainée, hors d’ici.

Margaretta :
Oh ! Laissez-moi rester, car la pauvreté n’est pas un pêché,
Et c’est trop tard pour trouver le chemin.

(Nelly et Dorothy rentrent dans la maison.)

Margaretta, seule :
Maintenant, si je suis une femme, il y a quelque diablerie là-dessous, deux femmes seules et qui refusent la compagnie d’une troisième, afin de rester seules ; Oh ! C’est impossible. Je vais découvrir pourquoi avant de partir—qui vient par ici ? Un homme—je vais me retirer de côté, et voir si elles sont aussi peu charitables pour une veste et un gilet que pour des jupons. (Margaretta se cache.)



Fac-similé du livret imprimé en 1792, à Dublin :


No Song, No Supper libretto : Trio "Knocking at this hour of day"


Bibliographie

Jane Girdham, English Opera in Late Eighteenth Century London. Stephen Storace at Drury Lane. Oxford, Clarendon Press, 1997.

Roger Fiske, No Song, No Supper: Opera: Full Score: Musica Britannica Vol. 16. Stainer & Bell Ltd, 1959.

Il n'existe à ce jour aucun enregistrement commercial de cet opéra.


No Song, No Supper fait l’objet des pages 188 et 189
 de la biographie de Nancy Storace,
 par Emmanuelle Pesqué. 

2 commentaires:

  1. Savoureux ! Merci de nous faire connaître davantage Nancy et Stephen.

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  2. Merci ! :-D
    La prochaine miscellanée sera un témoignage d'un éminent voyageur (alors connu dans toute l'Europe) sur l'art de Nancy Storace (et sur 'No Song, No Supper'), mais ensuite nous allons faire un petit tour en Italie en 1782...

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