dimanche 31 décembre 2017

1790 – Le coin du paparazzi : Georg Foster observe Nancy Storace



En 1790, le scientifique et jacobin Georg Foster voyage en Angleterre. Il publie ses impressions de son séjour, observant coutumes et usages de près. Il ne manque pas de se rendre au théâtre de Drury Lane où il voit Nancy Storace chanter dans deux opéras de son frère Stephen, The Haunted Tower (1789) et No Song, No Supper (1790).


En 1790, Forster entreprend un voyage qui lui fait parcourir les Pays-Bas autrichiens, la Hollande, l’Angleterre et Paris, en compagnie d’Alexander von Humboldt. Il en tirera un ouvrage, Ansichten vom Niederrhein (Vues sur le Rhin inférieur), partiellement traduit en français sous le titre Voyage philosophique et pittoresque en Angleterre et en France, fait en 1790. Le traducteur, Charles Pougens, a d’ailleurs ajouté quelques notes explicatives de son cru...

S’il fait erreur sur la parenté entre les Storace, il témoigne également d’une profonde ignorance sur le principe même du pasticcio anglais : la plupart des opéras en langue vernaculaire représentés dans les théâtres de Covent Garden et Drury Lane étaient conçus sur ce modèle. La pratique n’avait rien d’exceptionnel, et les emprunts étaient répertoriés et annoncés comme tels, autant sur les affiches que dans les comptes rendus de presse.



Georg Foster Voyage pittoresque en Angleterre 1790 : opinion sur Stephen Storace


Remarques de Foster.


Georg Foster Voyage pittoresque en Angleterre 1790 : opinion sur Nancy Storace

Notes de Charles Pougens.


Georg Foster (1754-1794) est l’un des esprits les plus curieux d’une époque qui n’en manqua pourtant guère. Linguiste éminent (il comprenait 17 langues), naturaliste et philosophe, il se fit connaître pour ses idées progressistes et ses sympathies révolutionnaires.

Portrait de Georg Foster par Tischbein

Portrait de Georg Foster par
Johann Heinrich Wilhelm Tischbein
(Wikipedia)


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mardi 26 décembre 2017

1790 – ‘No Song, No Supper’: "Knocking at this hour of day" (Trio) [AUDIO]




Seul opéra anglais de Stephen Storace à avoir survécu dans une partition orchestrale, l’afterpiece (pièce ou opéra donné en seconde partie de soirée) No Song, No Supper (Pas de chanson, pas de souper) eut un succès ininterrompu durant toute la carrière de sa sœur, Nancy Storace, pour laquelle il tailla le rôle de Margaretta. Elle contribua d’ailleurs à faire de ce personnage l’un des plus marquants de son répertoire, pour le public d’alors. Sa vivacité scénique et ses talents comiques devaient beaucoup ajouter à une partition relativement simple… mais dont la simplicité même fit beaucoup pour la longévité de l’ouvrage.

On trouvera une présentation générale de cet opéra dans la miscellanée ‘No Song, No Supper’, opéra de Stephen Storace (1790) et des compléments d’information ici.

Synopsis général

Deux marins, Frederick et Robin, font naufrage près de chez eux. Ils espèrent pouvoir revoir leurs amantes, Louisa Crop et Margaretta, et se rendent chez le fermier Crop, père de Louisa. Dorothy, la seconde épouse du fermier, est éprise de l’homme de loi véreux Endless, qui a déjà contribué à séparer les amants. En l’absence de son mari, elle lui prépare un souper, consistant en un rôti et un gâteau, ce dont Margaretta (qui passe pour une chanteuse des rues) est témoin. Alors qu’Endless s’apprête à manger, Crop frappe à la porte. Endless se cache, et le souper est dissimulé. Margaretta chante une ballade, dont le premier couplet révèle la cachette du rôti, le second, celle du gâteau, et le troisième, la cachette d’Endless. Il est chassé et le couple de fermiers se réconcilie. Robin et Frederick, devenus riches grâce à un tonneau d’or sauvé du naufrage, peuvent désormais se marier, et annoncent la bonne nouvelle. (d’après Jane Girdham (1997), p. 178)

La partition

Stephen Storace recycla une partie de ses opéras italiens écrits pour Vienne dans ses ouvrages anglais. Ainsi, le trio « Knocking at this hour of day » est tiré du finale de Gli Equivoci (Les Méprises), opéra datant de 1786, au livret inspiré de La Comédie des Erreurs de Shakespeare. En témoigne le ténor Michael Kelly dans ses Reminiscences :

Michael Kelly Reminiscences : on Stephen Storace's 'No Song, No Supper'

Le trio s’insère juste après l’air « A miser bid to have and hold me » chanté par Margaretta. Le personnage explique alors quel est son triste sort, avant de demander aide et protection aux habitantes de la chaumière (où l’on va bientôt apporter le souper du titre).


Nelly (Ann Hetherington, mezzo-soprano)
Margaretta (Lisa Milne, soprano)
Dorothy (Elizabeth McCormack, soprano)
BBC Scottish Symphony Orchestra, Harry Bicket (dir.). 1996.


 Traduction française :

samedi 16 décembre 2017

1790 – ‘No Song, No Supper’: "A Miser bid to have and hold me" (Margaretta) [AUDIO]



 No Song, No Supper opéra de Stephen Storace (1790)

Livret publié à Dublin, en 1792.

On trouvera une présentation générale de cet opéra dans la miscellanée ‘No Song, No Supper’, opéra de Stephen Storace (1790)
 

Synopsis

Deux marins, Frederick et Robin, font naufrage près de chez eux. Ils espèrent pouvoir revoir leurs amantes, Louisa Crop et Margaretta, et se rendent chez le fermier Crop, père de Louisa. Dorothy, la seconde épouse du fermier, est éprise de l’homme de loi véreux Endless, qui a déjà contribué à séparer les amants. En l’absence de son mari, elle lui prépare un souper, consistant en un rôti et un gâteau, ce dont Margaretta (qui passe pour une chanteuse des rues) est témoin. Alors qu’Endless s’apprête à manger, Crop frappe à la porte. Endless se cache, et le souper est dissimulé. Margaretta chante une ballade, dont le premier couplet révèle la cachette du rôti, le second, celle du gâteau, et le troisième, la cachette d’Endless. Il est chassé et le couple de fermiers se réconcilie. Robin et Frederick, devenus riches grâce à un tonneau d’or sauvé du naufrage, peuvent désormais se marier, et annoncent la bonne nouvelle. (d’après Jane Girdham (1997), p. 178)

La partition

Seul opéra anglais de Stephen Storace à avoir survécu dans une partition orchestrale, l’afterpiece (pièce ou opéra donné en seconde partie de soirée) No Song, No Supper (Pas de chanson, pas de souper) n’est pourtant pas forcément une œuvre réellement représentative du style du compositeur.

Roger Fiske, qui en a édité et publié une version, estime que la partition disponible n’est qu’une réduction faite pour le Little Theatre in the Haymarket. L’orchestration, demandant un effectif inférieur à celui du théâtre de Drury Lane (par exemple, six pupitres de vents au lieu de huit pour Drury Lane) ; attesterait de l’intervention d’une main ultérieure à celle de Stephen Storace.

Pour la musicologue Jane Girdham, auteur d’une thèse de doctorat portant sur les opéras de Storace à Drury Lane, cette raison avancée ne serait pas probante : les effectifs orchestraux seraient toujours réduits pour les afterpieces. Elle y voit donc un exemple de l’art du compositeur, tout en relevant que cet opéra est l’un de ses premiers, et qu’il inclut de nombreux numéros empruntés à d’autres compositeurs. L’orchestration de ces derniers est sans doute très proche des originaux… et ne serait donc pas révélateur des pratique de Storace.

On peut cependant relever que ce dernier a privilégié les vents dans sa texture orchestrale. Comme le souligne Jane Girdham, l’orchestre de Drury Lane comptait en son sein d’excellents hautboïstes (comme les frères Parke), clarinettistes et bassonistes…


« A Miser bid to have and hold me », air de Margaretta

 

 
 

Lisa Milne (soprano),
BBC Scottish Symphony Orchestra,Harry Bicket (dir.). 
Diffusion radiophonique en 1996



Comme il était d’usage dans le pasticcio qu’était le Ballad Opera anglais, Stephen Storace réutilisa et réorchestra des airs et extraits d’autres compositeurs. L’un des airs alloués à Margaretta est ainsi tiré de L’Epreuve villageoise de Grétry. Cet opéra-comique avait été créé à Versailles le 5 mars 1784, et sera repris à la Comédie italienne le 18. Cet air était destiné à sa sœur Nancy Storace.

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mardi 12 décembre 2017

2017 - Eve Ruggieri ou, De la perpétuation des idées (mozartiennes) reçues…




Eve Ruggieri Dictionnaire amoureux de Mozart

Eve Ruggieri, qui fit tant pour populariser l’opéra avec son émission Musiques au cœur diffusée entre 1982 et 2009, vient de publier un Dictionnaire amoureux de Mozart chez Plon (octobre 2017). [Quelques pages en sont lisibles sur Google Livres]

Hélas, sa notice sur Nancy Storace (dont l’entrée se trouve étrangement à « » et non à « S » !) est entachée d’erreurs multiples, lesquelles vont perpétuer les idées reçues, fantasmes divers et approximations qui font florès sur la cantatrice, sa vie et ses relations avec le compositeur…

Tâchons d’en corriger certaines.

Journal de Karl von Zinzenforf und Pottendorf (1739-1813) :

Les appréciations du comte de Zizendorf sur Storace, citées par E. Ruggieri sont un compressé de plusieurs entrées de son journal : 22 avril, 9 mai 1783, 1er juillet 1783. (Voir les pages 69 et 70 de Nancy Storace, Muse de Mozart et de Haydn.)

Profitons-en pour rappeler que la musicologue Dorothea Link a réalisé une très précieuse transcription de ce journal écrit en français, pour les entrées relatives à la vie musicale et théâtrale viennoise entre 1783 et 1792 : ce document absolument passionnant, copieusement annoté, est accompagné du calendrier des représentations des théâtres et de la transcription des livres de comptes des théâtres impériaux, et d'une présentation très éclairante. Il est proprement ahurissant qu’aucune maison d’édition française n’ait publié une traduction de cet ouvrage fondamental, The National court Theatre in Mozart’s Vienna : Sources and Documents 1783-1792 (Clarendon Press, 1998). Il présente des sources essentielles à la compréhension de la vie lyrique et théâtrale viennoise durant cette période.


Leçons de Nancy Storace avec Rauzzini :

« On peut toujours imaginer poétiquement leur rencontre [en Italie] lorsque Nancy prenait des leçons avec Venanzio Rauzzini […] »

Ces leçons furent données en Angleterre, Rauzzini y demeurant depuis 1774 !


Les amours de Nancy Storace… et Mozart (évidemment !) :

« Ce qui est sûr, c’est qu’elle l’était [amoureuse] de lui et lui d’elle lorsqu’elle créa le 1er mai 1786 [….] Suzanne dans Les Noces de Figaro. »

Cette phrase a tout d’un héritage du musicologue Alfred Einstein, qui lui non plus, ne donne aucune source à ce qu’il avance.
A ce sujet, l’aimable lecteur lira avec intérêt – du moins, l’auteure l’espère ! – les pages 132-135 de la biographie ci-dessus mentionnée.


« Que s’était-il passé qui justifierait le départ précipité de Nancy alors en plein succès [...] ? Fut-il dû à sa liaison avec le duc de Cleveland ? A ce sujet, nous ne savons rien. »

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samedi 9 décembre 2017

1773 – Premiers concerts, et premiers fans pour la petite Nancy Storace



Lettre de fan à Nancy Storace en 1773 - (c) DR


Vers la fin août 1773, Nancy Storace, qui n’a pas encore 8 ans, se produit en concert à Southampton. S’y produit également le violoniste espagnol Nicholas Ximenez, un collègue de Stefano Storace, le père de la petite fille.

De prime abord, l’expérience ne semble pas concluante, le public ne semblant tout d’abord pas au rendez-vous… En effet, quelques jours après, une lettre publiée dans un journal local affirme que :

Ce qui m’a poussée à prendre la plume est le grand plaisir que j’ai eu mercredi dernier à entendre Miss Storace chanter aux Martin’s Rooms, une fillette qui n’a pas encore huit ans, et qui me semble être une fillette surprenante, probablement sans égale parmi celles de son page ; sa jolie figure (silhouette), sa voix et son goût sont admirables ; et ce qui augmente encore mon étonnement est sa manière de chanter magistrale, avec une prononciation claire et distincte : j’étais navrée de voir le peu de public présent à ce concert ; et j’ose avancer que les ladies et les gentleman de notre ville n’aient pas eu conscience de son mérite, mais j’espère qu’ils montreront que son mérite ne restera pas sans écho, par leur généreuse présence de mercredi prochain, lorsqu’elle se produira, pour la seconde fois, aux Martin’s Rooms.

Les concerts draineront apparemment suffisamment de monde pour que la très jeune artiste ait droit à son concert à bénéfice…. mais son père a sans doute perdu de l’argent dans l’entreprise. Néanmoins, l’expérience que gagne la petite Nancy est précieuse. L’habituer à se produire en public a sans doute autant d’importance que le gain des concerts, même si ce dernier n’est pas négligeable…

A lire cette lettre ouverte signée par un simple « MARIA », on pourrait penser que la petite chanteuse s’est gagné une admiratrice. Mais ce document est-il réellement sincère, et ne s’agit-il pas plutôt d’un « puff » ?

Un « puff » est une mention orientée, souvent payée par les artistes eux-mêmes ou les théâtres, pour faire « monter la sauce » et occuper une surface médiatique. On les qualifierait aujourd’hui d’« articles commerciaux »… avec la réserve que cette mention n’est évidemment jamais faite !

Un éminent personnage de Richard Brinsley Sheridan, dans sa pièce parodique sur le théâtre The Critic (1779), nommé Puff, explique d’ailleurs comment bonimenter dans les journaux avec « the PUFF DIRECT – the PUFF PRÉLIMINARY – the PUFF COLLATÉRAL – the PUFF COLLUSIVE, and the PUFF OBLIQUE, or PUFF by IMPLICATION » (I, sc. 2.) !

Quoi qu’il en soit, c’est le début d’une carrière tant au concert qu’à l’opéra qui ne s’achèvera qu’en décembre 1808.


Cette lettre et les puffs sont évoqués pages 29 et 30
de la biographie de Nancy Storace,
par Emmanuelle Pesqué

mercredi 22 novembre 2017

Michael Kelly (1762-1826), ami et collègue de Nancy Storace



 Michael Kelly par Adele Romany (c) Garrick Club

Portrait de Michael Kelly
par Adele Romany
(vers 1802-1814)
(Collections du Garrick Club)

Né à Dublin le 25 décembre 1762 (ou le 12 août, comme le précisait une gravure de sa pierre tombale), le ténor Michael Kelly était le fils de Thomas Kelly, maître de cérémonie suppléant du château de Dublin et marchand de vin, et d’une ancienne Miss McCabe. Il eut treize frères et sœurs. Le mariage de ses parents avait été mouvementé : la jeune fille, catholique de bonne famille, avait été enlevée par son soupirant. Les parents finirent cependant par leur pardonner…
Si l’on en croit le ténor (qui nous a laissé des mémoires très détaillées), son enfance se déroula dans un climat hospitalier et rempli de musique : son père fut probablement aussi musicien professionnel, comme en attestait des registres de compte désormais détruits (voir Highfill, etc.) Le talent du petit garçon fut développé par une série de professeurs, parmi lesquels on compte Michael Arne pour le pianoforte, et « Passerini, Pereti, San Giorgi pour le chant » (Highfill), sans oublier Venanzio Rauzzini, de passage à Dublin.

En mai 1777, Michael Kelly fit ses débuts scéniques dans le rôle du comte de La Buona Figliola (Piccini) au Fishamble Street Theatre. Son succès le fit réengager au Crow Theatre dans le rôle-titre de Cymon (sous la direction du compositeur Michael Arne), puis Master Lion dans Lionel and Clarissa, à son propre bénéfice.

En 1779, suivant les conseils de Rauzzini, le jeune ténor partit pour l’Italie. A Naples, il suivit l’enseignement de Finaroli, puis, en été 1780, du grand castrat Aprile.
Il fut engagé au concert et à l’opéra par toute l’Italie : il se produisit Livourne (où il rencontra Stephen et Nancy Storace ; rencontre dont il rend compte de manière flamboyante dans ses mémoires, mais infirmée en partie par d’autres contemporains), Pise, Florence, Bologne, Venise, Brescia, Trévise, Vérone, Parme l’entendirent, ainsi que Graz, en octobre 1782.
Une offre d’engagement pour Drury Lane lui parvint alors, mais il la déclina, suite à la désapprobation de son père. Il faisait bien : à Venise, il fut invité par le Comte Durazzo (l’ambassadeur de Joseph II) à rejoindre la troupe italienne montée par l’empereur à Vienne, et y retrouva Nancy Storace, dont il fut l’un des deux témoins de mariage (en 1784).

A Vienne, il crée et/ou chante dans des opéras de Mozart (il crée Basilio et Don Curzio dans Le Nozze di Figaro), de Salieri (La Scuola de’gelosi), de Martin y Soler (Una Cosa rara), Sarti (Fra i due litiganti ; Le Gelosie Villane), Paisiello (Il Barbiere di Siviglia ; La Frascatana), Guglielmi (Le Vicende d’Amore), Storace (Gli sposi malcontenti ; Gli Equivoci), Gluck (Iphigénie en Tauride ; Alceste)..... et se produit dans divers concerts profanes et sacrés.

A Vienne, il fréquente Gluck et Haydn. Outre le milieu artistique, il fraie également avec la plus haute société de son temps, avec des bonheurs divers : si les bonnes fortunes amoureuses semblent ne pas lui avoir fait défaut, ses dettes de jeu sont astronomiques…

Ses souvenirs de sa période viennoise, bien que parfois confus, restent une source de première main sur la vie lyrique viennoise et nous donnent des éléments précieux sur Mozart, dont il aurait été l’ami. Mais Kelly est souvent prompt à se donner le premier rôle et à escamoter certains éléments à son profit, aussi convient-il de se méfier de certaines de ses assertions.

En février 1787, le ténor quitte Vienne pour Londres, en compagnie des Storace, de Thomas Attwood (compositeur élève de Mozart) et de l’amant de Nancy, Lord Barnard. Passant par Salzbourg (où ils rencontrent Leopold Mozart), ils s’arrêtent également à Paris (où Kelly profite abondamment des spectacles parisiens), le groupe (scindé en deux) parvient à Londres.

C’est dans cette capitale qui lui était jusqu’alors inconnue que Kelly va continuer sa carrière lyrique. Engagé au théâtre de Drury Lane, il y fait ses débuts le 20 avril 1787 en Lionel dans A School for Fathers (remaniement de Lionel and Clarissa). Son succès est immédiat. Kelly chantera dans cette compagnie durant 33 ans.

C’est à cette période qu’il rencontre la ravissante soprano Anna Maria Crouch, qui était la Clarissa de ses débuts londoniens. Devenue son élève, elle troqua rapidement ce rôle pour celui de maîtresse. Mr Crouch semble avoir toléré ce « ménage à trois » jusqu’à son départ avec sa propre maîtresse, en 1791. Crouch et Kelly vécurent maritalement jusqu’à la mort de cette dernière, en 1805, mais elle n’est jamais mentionnée comme sa compagne de manière explicite, dans les Reminiscences signées par son compagnon… Sans doute, un début de puritanisme, d’autocensure, ainsi que la certitude que cette cohabitation était connue de tous expliquent cette omission…


Michael Kelly par De Wilde (c) Garrick Club

Michael Kelly par De Wilde (c) BNF Gallica


Portrait de Michael Kelly en Cymon
par Samuel De Wilde (Collections du Garrick Club)
et gravure tirée du portrait,
par William Satchwell Leney (1795) (Collections BNF Gallica)


Engagé aux concerts commémoratifs haendéliens à l’Abbaye de Westminster (ainsi que Nancy Storace), sa prestation y est remarquée. Cette participation, ainsi que ses apparitions pour les oratorios, marque également le début d’une longue carrière au concert à Londres.

En juin 1787, Kelly apprend le décès de sa mère (c’est en arguant de sa maladie qu’il avait obtenu son congé de Vienne…) et il part à Dublin avec les Crouch : ils y donnent concerts et représentations d’opéra, suivis par une tournée irlandaise.

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samedi 28 octobre 2017

1796 – Robert Benson, le suicidé du théâtre de Drury Lane



Après avoir partagé la scène de nombreuses fois avec lui, Nancy Storace figura dans la soirée au bénéfice de la veuve et des enfants de Robert Benson, comédien de second plan qui se suicida en 1796. Il s’était acquis une certaine notoriété dans les théâtres londoniens pour ces emplois de personnages secondaires.
Voici une biographie de ce malheureux comédien, qui se suicida à 31 ans.

Robert Benson (1765-1796) portrait - Nancy Storace's colleague

Robert Benson dans le rôle de Timurkan (qu’il ne joua jamais…)
dans The Orphan of China, tragédie d’Arthur Murphy (1759), d’après Voltaire.
Gravure de Reading, d’après Graham. (1797)

Robert Benson est le fils de deux acteurs de second plan, qui ne se produisirent jamais à Londres.

Né en 1765 (la même année que Nancy Storace…), il fit ses débuts scéniques en 1778, au théâtre du Haymarket, en Prince de Galles (Richard III). On le retrouve ensuite en page dans The Orphan of China, la même année. Il ne réapparait dans les distributions qu’en 1779, en Donalbain dans Macbeth. Il était devenu trop vieux pour les personnages d’enfants, peu de rôles devaient être adaptés pour un adolescent.
Il fait cependant partie de la troupe jusque pour la saison 1780-1781, apparaissant brièvement dans de tous petits rôles : il devait généralement grossir la foule des figurants.

En 1783, il épouse l’actrice Susanna Satchell (1758-1814). Elle est la fille d’un facteur d’instrument. Sa sœur Elizabeth est l’épouse de Stephen George Kemble, ce qui doit sans doute soutenir un peu la carrière de leurs parents. Comme son mari, Susanna n’apparaît que dans des tous petits rôles à Drury Lane.

Londres perd sa trace jusqu’en 1785-1786 : selon les notices biographiques du temps, Benson aurait été employé comme acteur principal à Windsor, dans le théâtre de tréteaux d’un certain Waldron (ou comme co-manager de l’entreprise), ou il aurait joué dans diverses petites villes des environs de Londres. Selon The Secret History of the Green-Room (1794), il aurait compris que « vingt-cinq shillings par semaine dans des emplois de serviteurs valaient mieux que huit ou neuf, dans des emplois de Héros »….

Dès novembre 1786, il se produit à Drury Lane dans des emplois secondaires, ses emplois étant souvent des excentriques comiques, des jeunes aristocrates : son salaire passera ainsi de £ 1 5 s par semaine à £ 3 à 4 à la fin de sa carrière.
On le voit dans divers petits rôles, certains des plus connus aujourd’hui étant Silvius (As you like it), Medium (Inkle and Yarico), Aviragus (Cymbeline), Marcellus (Hamlet), Leicester (Henry II), Burgundy (King Lear), Montano (Otello).

Il apparaît aux côtés de Nancy Storace dans les opéras de son frère Stephen, dans les rôles suivants, majoritairement en remplacement de dernière minute :

The Haunted Tower (en 1790) : Charles
The Siege of Belgrade (en 1791) : Ismael
The Pirates (en 1792 et 1794) : Captain of the Ship (rôle qu’il crée)
No Song, No Supper (en 1793 et 1796) : Endless
The Haunted Tower (en 1793) : Hugo
The Haunted Tower (en 1794) : Baron of Oakland
My Grandmother (en 1794 et 1795) : Souffrance
The Prize, or 2. 5. 3. 8. (en 1794 et 1795) : Mr. Caddy
The Pirates (en 1794) : Otillo
No Song, No Supper (en 1794 et 1795) : Robin
The glorious first of June (en 1794) : Busy (rôle qu’il crée)



Robert Benson at Drury Lane - Nancy Storace's colleague

Compte rendu de presse mentionnant
des remplacements par Benson.


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samedi 7 octobre 2017

6 novembre 1805 – Nelson est mort, mais le spectacle continue !



Le matin du 6 novembre 1805, arrive à l’Amirauté le capitaine Spykes (du Nautilus), porteur de dépêches annonçant la victoire de Trafalgar et la mort de Nelson. La nouvelle se répand comme une trainée de poudre, et certains quotidiens lancent immédiatement une nouvelle édition.


Nancy Storace John Braham 1805 The European Magazine and London Review

Mention de la réapparition de Nancy Storace et John Braham
à Drury Lane, dans The European Magazine and London Review.


Le soir même, dans le théâtre de Drury Lane que Nancy Storace et John Braham ont rejoint en leur début de saison 1805-1806, et où ils ont réapparu début novembre dans The Siege of Belgrade, public comme interprètes rendent hommage au héros défunt.

Les annonces de presse avaient publicisé la soirée, en précisant que seraient insérés dans ce vieil opéra de Stephen Storace (frère de Nancy),

A l’Acte I sera introduit le célèbre Duo de l’“Amor Fraterno” par Mr Braham et la Signora Storace – Et dans l’Acte II l’Air favori de “My heart with love is beating” par Mr Braham.


Nancy Storace John Braham 1805 The Siege of Belgrade

Annonce du programme et de la distribution
De la soirée, parue dans la presse quotidienne.


Toutefois, l’ajout qui suscitera le plus de commentaires de la presse, est évidemment l’hommage « spontané » rendu par la salle et les interprètes à l’amiral Nelson.

Un premier quotidien précise que :
The Siege of Belgrade fut répété la nuit dernière; et Braham qui était en voix, chanta ses divers airs avec un goût raffiné, une délicatesse dans le ton et une brillance d’exécution qui a rarement été égalée, que ce soit sur la scène italienne ou anglaise. Plusieurs de ses airs furent demandés en bis avec force, et applaudis avec délices. Storace, en Lilla, fut victorieusement enjouée comme actrice et grandement efficace comme chanteuse ; et Miss DE CAMP, BANNISTER, MILLER, MATHEW, et DIGNUM, reçurent et méritèrent de nombreux applaudissements.
God Save the King et Rule Britannia, furent chantés en honneur de la splendide victoire de Lord NELSON, au milieu des applaudissements extatiques de toutes les parties du théâtre ; et les vers suivants, écrits par Mr. CUMBERLAND furent récités par Mr. WROUGHTON avec beaucoup d’effet :

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